20/04/2008

De guerre, las

The warrior
 

The Warrior, drame, ados, ***  

 

Lafcadia est un redoutable et cruel guerrier à la solde d’un seigneur tyrannique. Un jour, lors d’une nouvelle expédition punitive, le regard d’une fillette lui fait soudain prendre conscience de la cruauté de ses actes. Il tombe l’épée et largue ses comparses.Furieux, le seigneur exige sa tête et fait tuer son fils.  

 

Pour son premier long métrage, Asif Kapadia, réalisateur indo-britannique, adapte une légende du Japon féodal qu’il transpose dans les contrées sauvages du Rajasthan et les contreforts de l’Himalaya. Que raconte cette légende ? Au Moyen Âge, un homme, dont la tête a été mise à prix, assiste impuissant à l’exécution de son fils.  

À partir de ce pitch extrêmement ténu, le réalisateur a tissé une épopée guerrière aux forts accents westerniens. Si Kapadia emprunte à des canons européens – on reconnaît l’ombre de Sergio Leone dans ses cadrages frontaux serrés, et celle, plus prégnante encore de John Huston à travers le destin tragique de son héros solitaire, dans presque chaque plan de Warrior -, c’est pour mieux les transcender et nous emmener au-delà de nos propres peurs, dans un récit puissant, si simple dans sa pureté et tellement complexe dans sa finalité : comment transformer ce désir compréhensible de vengeance, seul fil qui relie encore le guerrier à l’existence ?   Fabuleux voyage auquel nous convie le réalisateur, contemplatif comme un long et fulgurant poème humain tracé par une caméra au lyrisme et au verbe retenu : celui de la rédemption d’un tueur.  

Deux personnages splendides traversent cette aventure humaine : le guerrier, bien sûr, roc dont on perçoit petit à petit la fragilité des fondations, et le paysage, littéralement habité des tourments du héros. On voit ainsi l’image se draper de sérénité à mesure que Lafcadia se dépouille de son manteau d’horreur. Alors qu’il emplissait l’écran dans le désert de sa rage dévastatrice, le voilà à présent, machine à tuer redevenue homme, infiniment humble face à la magnificence des montagnes. 

On mesure le chemin (spirituel) parcouru. Et tout cela sans didactisme, sans la moindre esbroufe, au bout d’une merveilleuse histoire presque sans parole. Portée divinement par un acteur dont la densité incroyable transperce la pellicule à chaque image. 

Éblouissant !

Th. V.W.

19:07 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : revenge movie, inde |  Facebook |