09/04/2008

L'apocalypse selon Boyle

28 days c
 

28 Days later, Danny Boyle, horreur, ad, 2003 **

Londres. Un commando écologiste investit un laboratoire d'expérimentations animalières. Un singe s'échappe d'une cage. C'est le début de la contamination. Vingt-huit jours plus tard, les rares survivants de la ville désertée fuient des zombies enragés.

Danny Boyle est un auteur qui n'a pas grand-chose à dire, mais qui le dit plutôt bien. Ainsi, après le branché Trainspotting et le macabre Petits meurtres entre amis, 28 Days later plonge-t-il plus avant dans la violence primitive de l'homme, qu'il dissèque jusqu'à l'écœurement.

Armé d'une caméra DV, le réalisateur britannique vise à l'épure brute et son propos - une métaphore virulente de la rage sociale - n'est jamais mieux mise en valeur que dans la première partie de son film où, avant l'arrivée bestiale de la société, il enferme la modernissime Londres dans un silence assourdissant. En écho lointain d'yeux que le héros crève pour ne pas crever, cette image de Trafalgar Square dévasté, dépouillé du mouvement incessant et grouillant des hommes, apparaît in fine la plus insupportables des visions(Francis Lawrence s'en inspirera largement dans l'excellente première partie de Je suis une légende) pour le spectateur, tant on a assimilé, par habitude paresseuse, 'bruit' et 'vie'.

Boyle n'a de cesse de nous tenir dans une intranquillité permanente. Après avoir fait l'économie d'un générique pour jeter le trouble, il nous fait attendre. La bête sommeille, quelque part. On sait qu'elle va surgir. Mais quand ? Agrippés par la gorge, plongés dans un climat oppressant et malsain, on veut savoir, quoi qu'il en coûte. Ainsi est l'Homme.

Vous l'aurez voulu, Boyle, après quelques flashs sanglants et la fuite à travers le calme de la campagne anglaise, décide de nous asséner le coup de grâce : une fracassante rencontre avec nous-mêmes, dont on ne sortira pas indemnes. Enfants, femmes, militaires, contaminés... personne n'est épargné par la caméra tranchante d'un réalisateur qui, dégoûté par ses semblables, les convie à un banquet cruel et trash pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

Zombies enragés ou survivants 'sains', les humains de 28 Days later n'ont d'autre choix que de se dévorer les uns les autres jusqu'au jour où, peut-être, ils désenfanteront la planète de son espèce la plus inhumaine : l'Homme.

Assurément le film le plus mûr, le plus dérangeant et le plus désespéré de son auteur. L'apocalypse selon Boyle est pour bientôt. La perspective toute proche de l'horreur économico-guerrière en train de se jouer devant nos cerveaux éteints en est la plus terrifiante des preuves.

Thierry Van Wayenbergh

16:52 Écrit par Thierry Van Wayenbergh | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trash, horreur, boyle, romero, rage |  Facebook |

29/03/2008

Vous reprendrez bien un peu de cervelle ?

Cabin fever
 

Cabin Fever, horreur, AD, *

Deux filles et trois gars ont loué une cabane perdue au fond des bois pour oublier le stress des examens . Le soir, alors qu'ils se racontent des histoires à se faire peur autour d'un feu de camp, un homme surgit de nulle part et leur demande de l'aide. Secoué de spasmes, l'individu se met à vomir des nappes de sang. Après lui avoir bouté le feu accidentellement, les cinq copains se retranchent dans leur fort isolé. Quelques heures plus tard, Karen ne se sent vraiment pas bien...

Très loin de la brillance de 28 Jours plus tard auquel il fait
inévitablement penser, Cabin fever contient tous les éléments constitutifs du slasher-movie, entendez par là film d'horreur de série Z, mis en pièces par Scream : des jolies pépées bien roulées au QI inversement proportionnel à leur plastique et dont le réalisateur s'amuse à voir se décrépir le physique (la scène de la douche et celle où on achève Karen à coups de pelle sont particulièrement éloquentes), du cul... oui, des gros lourds libidineux qui ont le sexe entre les oreilles et l’arme à la main, une maison isolée, des bois inquiétants, des autochtones suspicieux et suspects, du sang, du bon, du qui gicle, des membres (c'est à qui ce pied ?) et, last but not least le dépeceur furieux, le croque-mitaine amateur de chair fraîche, d'un genre particulier cette fois, parce qu'on ne le voit jamais, et pour cause, c'est un virus mortel façon Ebola qui bouffe nos ados fêtards de l'intérieur pour littéralement dégurgiter leurs entrailles sur l'écran.
Pas besoin de vous faire un dessin, c'est un film pour amateurs de
"tripes-tease", de boyaux et d'organes bien sanguinolents. Et, à propos d'organes, il faut vraiment avoir l'estomac bien accroché pour supporter les 30 dernières minutes de cette pochade horrifique forcément prévisible, où Eli Roth - ami de Tarantino et réalisateur des percutants Hostel 1 & 2-, n'y tenant plus de se plier au devoir de suggestion, de toute façon battu en brèche par la platitude de sa réalisation, lâche, déverse la sauce, d'un seul coup. C'est tellement gros qu'on dirait une bonne blague grasse d'étudiant potache, bien décidé à remporter le prix de la "plus dégueulasse".
Et, dans le genre, c'est plutôt réussi.

Thierry Van Wayenbergh

16:04 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romero, horreur, slasher, roth |  Facebook |