05/04/2008

Les paradis blancs

Bunker paradise

Bunker Paradise, drame, AGA, *

Mimmo est taximan et rêve de devenir acteur. Un jour, une de ses courses l’entraîne dans le repère de John Deveau, un jeune bourgeois qui déteste son père et passe son temps à écouter plein pot de la techno, se repoudrer le nez avec des potes, bander mou et surtout pas dormir, parce que c’est le fait du faible. Visiblement pas bourrée à l’eau claire, la fille que Mimmo prend en charge devant la villa de Deveau se jette de sa voiture et s’écrase contre un poteau. Deveau le prend sous sa protection, mais cache de sournoises intentions… 

 

Bunker Paradise, premier film de notre compatriote et ex-SNUL Stefan Liberski, a le bon goût de ne pas verser dans l’écueil des trop bonnes intentions des « premières fois »… Excellente idée rapidement saccagée par l’emploi systématique d’une métaphore maladroite, censée nous faire comprendre que l’Occident décadent (le « bunker » du titre en est le microcosme représentatif) ferait bien de se calmer les nerfs et d’aller faire un tour au Japon pour aller voir s’il n’y est pas. Car chacun sait que le pays des samouraïs ressemble à un lac tranquille où n’ont pas droit de cité le vilain matérialisme et ses mauvaises manières. Seule existe là-bas pour Stefan la ‘’zen attitude’’…

 

D’ailleurs, de quoi nous parle Liberski ? De la perte des valeurs ? De la pureté des origines (l’enfant nu en plan final) ? De la cruelle intangibilité des relations père-fils ? Des effets pervers de soirées bizut’ d’ados riches et attardés ?

De la même manière tout le film se saborde lui-même, gâchant une scène cynique d’anthologie entre Jean-Paul Rouve, au demeurant excellent dans l’incarnation de l’insensibilité contemporaine, et Jean-Pierre Cassel, superbe en père imbuvable et castrateur, par une succession de saynètes parfaitement banales, prévisibles et délayées.

 

Plus le film avance, moins on se sent capable d’aimer Bunker Paradise.

Sentiment d’autant plus frustrant que l’on sait Liberski capable de bien mieux que ce Eyes wide shut du pauvre.

 

Thierry Van Wayenbergh

22:53 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cassel, nihilisme, liberski, rouve |  Facebook |