29/03/2009

Film fatal

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Femme fatale, Brian De Palma **

Laura est belle. Laura est sexy. Laura est une voleuse. Laura a réussi le coup du siècle : dérober en plein Festival de Cannes une somptueuse parure de diamants et laisser sur le carreau ses deux complices vengeurs. Sept ans plus tard, Nicolas, paparazzi par obligation, vend un cliché de la mystérieuse épouse d'un ambassadeur américain et réveille malgré lui les sombres fantômes du passé. Commence alors un jeu du chat et de la souris entre Laura, Nicolas et d'anciens acolytes qui se rapprochent dangereusement...

A la recherche d'un second souffle, De Palma, magnifique faiseur d'images et manipulateur-né, livre avec FEMME FATALE un suspense en demi-teinte. Certes, on retrouve dans cette histoire à tiroirs un condensé des obsessions de palmiennes, limite compulsives : les femmes (fatales), Ô sublime Rebecca Romijn-Stamos, tour à tour apeurée, enjôleuse, garce comme on n'en fait plus et surtout manipulatrice. Elle sauve à elle seule la mise du réalisateur, tant ce personnage de femme est riche de complexité et de roublardise. Romijn-Stamos évince d'un simple coup de reins le souvenir évanescent de la femme sulfureuse laissée par la Sharon Stone version 92 et redonne un fameux coup de fouet à nos instincts basiques. On aime à se perdre dans ces personnages multiples que l'actrice endosse avec une délectation évidente. Il faut la voir troquer, comme si de rien n'était, son tailleur de femme d'ambassadeur classe contre son look de strip-teaseuse de bars miteux !
Autre gimmick de palmien : le voyeurisme, à travers les yeux et surtout l'objectif du paparazzi, témoin des angoisses de Laura et auteur malgré lui de sa mise en abîme. Ou encore la réalité à étages, les faux-semblants, le rêve, les références obligatoires à Hitchcock, le long plan-séquence d'ouverture... Bref, le «petit De Palma illustré» est feuilleté devant nous dans son ensemble. Et pourtant...
Pourtant, la machine grippe à de nombreux endroits. D'abord, un casting français désastreux dont personne ne sort indemne, pas même l'excellent Thierry Frémont. Qu'avait-il donc à défendre, le pauvre, l'intrigue de l'enlèvement de l'ambassadrice américaine meurt dans l'oeuf, à peine entamée; on ne saura jamais pourquoi Nicolas est relaxé par l'inspecteur, alors qu'il fait figure de suspect principal dans cette disparition...
Le reste est à l'avenant : l'histoire du double de Laura est abracadabrante et verse même dans le comique involontaire. C'est tout dire ! De nombreuses chutes de rythme émaillent un récit invraisemblable qui hésite sans cesse entre la farce parodique et le thriller pur et dur (il faut le dire vite : les complices vengeurs de Laura sont à ce point grotesques qu'à aucun instant nous ne craignons pour la vie de la belle).
Mais ce diable de De Palma, en grand maître qu’il est, arrive à nous entraîner dans son histoire à rebondissements multiples, si extravagante qu'elle paraisse. Son génie visuel parvient presque à faire la différence.
Nous parlions plus haut d'une histoire à tiroirs. Des tiroirs ouverts dans tous les sens, la plupart à peine fouillés, nous laissant l'impression d'un joyeux bordel, dont l'ordre s'organisera vaille que vaille une fois le film terminé. L'ensemble tient, nous en convenons, mais coince par un cruel manque de subtilité.
Attention, roublard comme son héroïne, De Palma vous fera croire que vous aurez vu un bon film...

T.V.W.

17:39 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noir, de palma |  Facebook |

05/04/2008

Les paradis blancs

Bunker paradise

Bunker Paradise, drame, AGA, *

Mimmo est taximan et rêve de devenir acteur. Un jour, une de ses courses l’entraîne dans le repère de John Deveau, un jeune bourgeois qui déteste son père et passe son temps à écouter plein pot de la techno, se repoudrer le nez avec des potes, bander mou et surtout pas dormir, parce que c’est le fait du faible. Visiblement pas bourrée à l’eau claire, la fille que Mimmo prend en charge devant la villa de Deveau se jette de sa voiture et s’écrase contre un poteau. Deveau le prend sous sa protection, mais cache de sournoises intentions… 

 

Bunker Paradise, premier film de notre compatriote et ex-SNUL Stefan Liberski, a le bon goût de ne pas verser dans l’écueil des trop bonnes intentions des « premières fois »… Excellente idée rapidement saccagée par l’emploi systématique d’une métaphore maladroite, censée nous faire comprendre que l’Occident décadent (le « bunker » du titre en est le microcosme représentatif) ferait bien de se calmer les nerfs et d’aller faire un tour au Japon pour aller voir s’il n’y est pas. Car chacun sait que le pays des samouraïs ressemble à un lac tranquille où n’ont pas droit de cité le vilain matérialisme et ses mauvaises manières. Seule existe là-bas pour Stefan la ‘’zen attitude’’…

 

D’ailleurs, de quoi nous parle Liberski ? De la perte des valeurs ? De la pureté des origines (l’enfant nu en plan final) ? De la cruelle intangibilité des relations père-fils ? Des effets pervers de soirées bizut’ d’ados riches et attardés ?

De la même manière tout le film se saborde lui-même, gâchant une scène cynique d’anthologie entre Jean-Paul Rouve, au demeurant excellent dans l’incarnation de l’insensibilité contemporaine, et Jean-Pierre Cassel, superbe en père imbuvable et castrateur, par une succession de saynètes parfaitement banales, prévisibles et délayées.

 

Plus le film avance, moins on se sent capable d’aimer Bunker Paradise.

Sentiment d’autant plus frustrant que l’on sait Liberski capable de bien mieux que ce Eyes wide shut du pauvre.

 

Thierry Van Wayenbergh

22:53 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cassel, nihilisme, liberski, rouve |  Facebook |

23/03/2008

Tout conte fait...

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Les Frères Grimm, ados, 2005, * Perplexe

Le XIXe siècle. Conteurs itinérants, les frères Grimm sont surtout connus à travers les campagnes pour leur capacité à faire fuir les esprits maléfiques qui épouvantent les villages. Mais après avoir été condamnés pour escroquerie - les monstres diaboliques qu'ils combattaient n'étaient qu'une impressionnante mise en scène destinée à abuser des paysans naïfs - les voilà obligés de se rendre à Marbauden, un hameau qui vit dans la terreur depuis l'enlèvement mystérieux de plusieurs fillettes. Cette fois, l'enjeu est tout autre, et ils vont l'apprendre à leurs dépens.

Entreprise ardue pour les critiques de cinéma que celle d'exercer leur art sur Les Frères Grimm d'un Terry Gilliam visiblement condamné à combattre les moulins à vent depuis le désastre de son film inachevé, L'Homme qui tua Don Quichotte (il se rattrapera avec un formidable Tideland dont nous reparlerons plus tard).

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                               Terry Gilliam, Heath Ledger et Matt Damon

Car ces moulins n'ont rien à voir cette fois avec les pluies diluviennes qui ensevelirent le plateau du film-catastrophe précité. Ils sont d'un tout autre acabit, se dissimulent dans des costards-cravate sombres et ne parlent que le langage des chiffres. Ils, ce sont les fossoyeurs de la créativité, qui déjà firent mettre le genou à terre à Tim Burton dans son adaptation ratée de La Planète des singes. Ils, ce sont encore ces êtres sans émotion, clonés pour... reproduire ad vitam le même film. De vulgaires recycleurs programmés par la Matrice qui pensent comme Patrick Le Lay  de TF1 que « les films doivent créer ce temps de cerveau humain disponible pour la publicité ». Ils nous connectent à la Matrice et nous devenons écran-pub. Nous finissons par nous consommer nous-mêmes !

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Les Frères Grimm est arrivé précédé d'une réputation nébuleuse : ils auraient fait pression sur le réalisateur génial de Brazil pour le faire rentrer dans les rangs, et, sonné par son échec précédent, Terry n'a pas tenu un round. Ils lui ont pris son film et en ont confisqué le montage pour le confier à une armada de types connectés à des ordinateurs qui décryptent et créent nos envies. Censé téléscoper fantasmes des contes et illusions de la réalité, Les Frères Grimm ressemble à un jeu vidéo gonflé jusqu'à la gueule, où l'on croise pêle-mêle Hansel et Gretel, le Petit Chaperon Rouge, la Belle au Bois dormant, agités par un joystick fou qui propulse dans un brouhaha démentiel le jouteur au plancher supérieur du jeu. In fine, il faut exploser la face de la marâtre qui ressemble à la femme de Vincent Cassel, au terme d'une course effrénée dans une forêt magique.

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Vous n'y comprenez rien ? Nous non plus. Tout ce qu'ils nous demandent, c'est de jouer pendant qu'ils s'occupent de notre avenir. Cette fois, ils ont pris l'apparence de Terry Gilliam. Ne vous y fiez pas : il s'agit d'une impressionnante mise en scène destinée à nous abuser.

Thierry Van Wayenbergh

12:04 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : terry gilliam, grimm, mercantile |  Facebook |