12/04/2008

Nan, nan, rien n'a changé...

vol au-dessus4

« Le ‘nid de coucou’ décrit par Forman, c’est notre nid à nous, c’est le monde dans lequel nous vivons, pauvres fous, soumis à la férule bureaucratique des uns, aux pressions économiques des autres, là, promis au bonheur, ici grisés de liberté, mais toujours obligés d’avaler les pilules amères de miss Ratched », écrivait un journaliste du Monde.  

 

C’était il y a 33 ans…   

 

17:42 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : liberte, dictature, folie, fantasme |  Facebook |

09/04/2008

L'apocalypse selon Boyle

28 days c
 

28 Days later, Danny Boyle, horreur, ad, 2003 **

Londres. Un commando écologiste investit un laboratoire d'expérimentations animalières. Un singe s'échappe d'une cage. C'est le début de la contamination. Vingt-huit jours plus tard, les rares survivants de la ville désertée fuient des zombies enragés.

Danny Boyle est un auteur qui n'a pas grand-chose à dire, mais qui le dit plutôt bien. Ainsi, après le branché Trainspotting et le macabre Petits meurtres entre amis, 28 Days later plonge-t-il plus avant dans la violence primitive de l'homme, qu'il dissèque jusqu'à l'écœurement.

Armé d'une caméra DV, le réalisateur britannique vise à l'épure brute et son propos - une métaphore virulente de la rage sociale - n'est jamais mieux mise en valeur que dans la première partie de son film où, avant l'arrivée bestiale de la société, il enferme la modernissime Londres dans un silence assourdissant. En écho lointain d'yeux que le héros crève pour ne pas crever, cette image de Trafalgar Square dévasté, dépouillé du mouvement incessant et grouillant des hommes, apparaît in fine la plus insupportables des visions(Francis Lawrence s'en inspirera largement dans l'excellente première partie de Je suis une légende) pour le spectateur, tant on a assimilé, par habitude paresseuse, 'bruit' et 'vie'.

Boyle n'a de cesse de nous tenir dans une intranquillité permanente. Après avoir fait l'économie d'un générique pour jeter le trouble, il nous fait attendre. La bête sommeille, quelque part. On sait qu'elle va surgir. Mais quand ? Agrippés par la gorge, plongés dans un climat oppressant et malsain, on veut savoir, quoi qu'il en coûte. Ainsi est l'Homme.

Vous l'aurez voulu, Boyle, après quelques flashs sanglants et la fuite à travers le calme de la campagne anglaise, décide de nous asséner le coup de grâce : une fracassante rencontre avec nous-mêmes, dont on ne sortira pas indemnes. Enfants, femmes, militaires, contaminés... personne n'est épargné par la caméra tranchante d'un réalisateur qui, dégoûté par ses semblables, les convie à un banquet cruel et trash pour leur rendre la monnaie de leur pièce.

Zombies enragés ou survivants 'sains', les humains de 28 Days later n'ont d'autre choix que de se dévorer les uns les autres jusqu'au jour où, peut-être, ils désenfanteront la planète de son espèce la plus inhumaine : l'Homme.

Assurément le film le plus mûr, le plus dérangeant et le plus désespéré de son auteur. L'apocalypse selon Boyle est pour bientôt. La perspective toute proche de l'horreur économico-guerrière en train de se jouer devant nos cerveaux éteints en est la plus terrifiante des preuves.

Thierry Van Wayenbergh

16:52 Écrit par Thierry Van Wayenbergh | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : trash, horreur, boyle, romero, rage |  Facebook |

05/04/2008

Les paradis blancs

Bunker paradise

Bunker Paradise, drame, AGA, *

Mimmo est taximan et rêve de devenir acteur. Un jour, une de ses courses l’entraîne dans le repère de John Deveau, un jeune bourgeois qui déteste son père et passe son temps à écouter plein pot de la techno, se repoudrer le nez avec des potes, bander mou et surtout pas dormir, parce que c’est le fait du faible. Visiblement pas bourrée à l’eau claire, la fille que Mimmo prend en charge devant la villa de Deveau se jette de sa voiture et s’écrase contre un poteau. Deveau le prend sous sa protection, mais cache de sournoises intentions… 

 

Bunker Paradise, premier film de notre compatriote et ex-SNUL Stefan Liberski, a le bon goût de ne pas verser dans l’écueil des trop bonnes intentions des « premières fois »… Excellente idée rapidement saccagée par l’emploi systématique d’une métaphore maladroite, censée nous faire comprendre que l’Occident décadent (le « bunker » du titre en est le microcosme représentatif) ferait bien de se calmer les nerfs et d’aller faire un tour au Japon pour aller voir s’il n’y est pas. Car chacun sait que le pays des samouraïs ressemble à un lac tranquille où n’ont pas droit de cité le vilain matérialisme et ses mauvaises manières. Seule existe là-bas pour Stefan la ‘’zen attitude’’…

 

D’ailleurs, de quoi nous parle Liberski ? De la perte des valeurs ? De la pureté des origines (l’enfant nu en plan final) ? De la cruelle intangibilité des relations père-fils ? Des effets pervers de soirées bizut’ d’ados riches et attardés ?

De la même manière tout le film se saborde lui-même, gâchant une scène cynique d’anthologie entre Jean-Paul Rouve, au demeurant excellent dans l’incarnation de l’insensibilité contemporaine, et Jean-Pierre Cassel, superbe en père imbuvable et castrateur, par une succession de saynètes parfaitement banales, prévisibles et délayées.

 

Plus le film avance, moins on se sent capable d’aimer Bunker Paradise.

Sentiment d’autant plus frustrant que l’on sait Liberski capable de bien mieux que ce Eyes wide shut du pauvre.

 

Thierry Van Wayenbergh

22:53 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cassel, nihilisme, liberski, rouve |  Facebook |