27/07/2008

Qui a dit que le cinoche belge était misérabiliste?

Cinéastes a

Cinéastes à tout prix, Frédéric Sojcher, ados, **

Documentaire de Frédéric Sojcher, Cinéastes à tout prix a bénéficié d'un laissez-passer de dernière minute pour la Sélection officielle, hors compétition, du Festival de Cannes en 2004.

La belle affaire pour les festivaliers !

Sojcher suit à la trace trois réalisateurs gentiment fêlés du cinéma bis belge, auteurs de films-ovnis fabriqués avec deux francs six sous et une foi furieusement contagieuse.

Cagoule sur la tête, dégaine de bandit des grands chemins, Jean Jacques Rousseau est certainement le plus allumé de ces cinéastes enragés. Entre deux extraits de ses films, on le voit faire ses courses dans les marchés pour trouver des nouvelles gueules pour ses prochains films. Caméra à l'épaule, il y fait faire un bout d'essai à de braves quidams, qui tous s'exécutent au beau milieu de la foule, avec la ferme conviction que le "ridicule ne tue pas". Et s'ils jouent avec autant de finesse qu'une batterie de casseroles traînées par une vieille guimbarde, ils ont le cœur là, bien accroché à leur passion. On rit beaucoup mais leur sincérité désarmante les rend beaux.

Sojcher découpe et monte son film avec finesse, suivant un plan de bataille visiblement bien préparé : à une interview  de Rousseau qui dit que faire un film, pour lui, c'est faire la guerre (contre le cinéma américain, contre le Comité de Sélection des Films qui l’a toujours laissé sur le carreau), répond un extrait d'un film de Naveaux sur la "Der des Ders".

Inscrivant chacun des trois réalisateurs dans leur fief, il se dégage de ses plans une belle poésie de terroir, Sojcher se faisant presque l'entomologiste d'une région qui souffre avec la politesse d'un bel éclat de rire.

Mais quand le couperet tombe, ça ressemble à l'interview du socialiste Patrick Moriau : "Si on me demandait d'allouer une part des finances de la Communauté française au Comité de Sélection des Films, cet argent n’irait sans doute pas dans les poches de Rousseau, homme sympathique au demeurant, mais dont le cinéma underground franchement déjanté risque de faire peur."

Et c'est toute la question de l'accès à la diffusion, voire à la reconnaissance attendue par Rousseau comme par tout cinéaste normal qui est posée.

La différence a-t-elle sa place dans un univers artistique formaté ?


cinéastes 2

Oui, répondront en chœur et passablement éméchés Bouli Lanners, Benoît Poelvoorde et Noël Godin, dignes représentants de notre formidable et surréaliste belgitude.

En attendant, Jean Jacques continue de faire ses films avec des bouts de ficelle et des acteurs cabots, qui, comme cette ex-danseuse gâtée par la Nature "qui a du mal à jouer une handicapée", iraient au bout du monde s'il le leur demandait.

Un ovni, qu'on vous disait...

 T.V.W.

22:32 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinema bis, belgitude |  Facebook |

15/07/2008

Retour au portail

Feux rouges2

                                       Y'A PAS PHOTO !!!

Russel's crocs

Pure jouissance pour cinéphiles, Deathproof a fait un flop en salles. Un échec commercial totalement injustifié pour un Tarantino qui, empruntant une nouvelle voie, plus modeste et plus simple, n’en finit toutefois pas de rendre hommage à ce qui fait l’essence même de sa vie, le 7e art. Et d’essence, il sera question ici également. Stuntman Mike, ancien cascadeur, a une obsession: caramboler des jolies pépées avec sa voiture à l’épreuve de la mort. Crissements de pneus, froissements de tôles et sexe non consommé, voilà la panoplie parfaite du tueur en série incarné par un formidable Kurt Russel jouant à merveille de son image d’ancien sex-symbol. Multipliant les scratchs dans l’image, les séquences bavardes, les références (la fameuse Dodge Challenger de Point limite zéro!) et les effets gores, Tarantino, sous le couvert d’un hommage aux films Grindhouse (série Z des années 70), fait une déclaration d’amour diablement fun au cinéma et aux femmes auxquelles il offre une revanche pas piquée des hannetons.

Th. V.W.

09:44 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sexy, tarantino, serial killer |  Facebook |

26/05/2008

Cannes, I say

Cannes le président
 

Sean Penn n'en croit pas ses oreilles lorsque Valérie Lemercier entonne son hilarant monologue "For ze best actorz in ze world, please don't go too fast...", avant d'appeler Benicio Del Toro et de lui remettre la Palme d'interprétation pour sa composition du Che dans le film de Steven Soderbergh.

Une des surprises d'un palmarès inattendu qui a sacré Entre les murs de Laurent Cantet, au nez et à la barbe de L'Échange de Clint Eastwood rapidement annoncé comme favori de la quinzaine, ou du Conte de Noël de Despleschin qui repart une fois de plus les mains vides.  

Cannes Entre les murs

Voici donc, le verdict de Cannes pour les longs métrages en compétition, annoncé hier soir dans un tohu-bohu enfantin (nous sommes à Cannes, que diable !) par un Edouard Baer complètement dépassé par les événements, mais toujours impérial dans sa drôlerie pince-sans-rire...

Prix du scénario

Le Silence de Lorna, Luc et Jean-Pierre Dardenne

Prix d'interprétation féminine

Sandra Corveloni dans Linha De Passe, de Walter Salles et Daniela Thomas

Prix d'interprétation masculine

Benicio Del Toro dans Che, de Steven Soderbergh

Prix du Jury

Il Divo, Paolo Sorrentino

Prix de la mise en scène

Les Trois singes, de Nuri Bilge Ceylan

Grand prix

Gomorra, Matteo Garrone

Palme d'or

Entre les murs, de Laurent Cantet

Et comme lot de consolation, un Prix du 61e Festival de Cannes, attribué respectivement à Catherine Deneuve pour Un conte de Noël et Clint Eastwood pour L'Échange.

Th. V.W.

11:17 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Festivals | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cannes, palme, strass |  Facebook |