12/08/2008

La Tourneuse de films: interview de Déborah François

Épatante en jeune fille grunge dans la comédie de Bezançon, Déborah François prévient: ce sera son dernier rôle d’ado!

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 Déborah

A tout juste 21 ans, la Liégeoise Déborah François a connu un début de carrière pour le moins fulgurant. A peine a-t-elle fait ses premiers pas chez les frères Dardenne pour L’enfant en 2005, qu’elle foule le tapis rouge de Cannes, puis connaît sa première nomination aux Césars. Un an plus tard, elle impressionne dans un rôle de femme fatale dans le très chabrolien Tourneuse de pages. Retour sur la Croisette, et nouvelle nomination au César du meilleur espoir féminin. Habituée des rôles dramatiques et des films d’auteur, elle rejoint le casting trois étoiles des Femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé avec Sophie Marceau, sa première grosse production. Loin du faste de cette dernière, Déborah François nous a donné rendez-vous dans un modeste café-brasserie à Paris. Sourire en coin, mais les yeux trahissant une petite nuit, l’actrice nous raconte avec une pointe de fierté son autonomie chèrement gagnée  « Ça a été très dur au début. Quitter mes parents, prendre des avions seule, me retrouver dans des chambres d’hôtel dans des pays lointains… Ça m’a pris deux ans, mais, là, ça va, maintenant je gère ». Ce délicat passage à l’âge adulte est justement l’un des thèmes marquants du Premier jour du reste de ta vie, de Rémi Bezançon, où elle épate une fois de plus dans le rôle de Fleur, une ado en guerre ouverte contre sa mère. Un petit bijou de film qui mériterait bien de couler le Titanic de James Cameron.

 

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Zabou

La question qu’on t’a le plus posée?

DEBORAH FRANÇOIS. - Je peux te la dire, mais je ne vais pas y répondre. (Avec une voix traînante) C’est comment de travailler avec les Dardenne? Demandez à la petite nouvelle (Arta Dobroshi, révélation du Silence de Lorna, ndlr). Elle n’a peut-être pas encore eu 250 fois la question.

Peux-tu nous présenter brièvement Fleur et sa famille?

D.F. - Moi je suis Fleur, la petite dernière. J’ai deux grands frères, Raphaël et Albert. Mon père s'appelle Robert et ma maman, Marie-Jeanne. Mon père, c’est le bon vivant. Il vit au jour le jour, il ne s’inquiète pas. Maman, elle, a peur du temps qui s’écoule, veut revivre sa jeunesse et retourner à la Fac. Pour Albert, mon frère aîné, le temps presse, il veut quitter le cocon familial. Il y aura un clash avec lui. Puis il y a Raphaël. Pour lui, le temps s’est englué. On va dire qu’il s’est arrêté vers 13-14 ans. Enfin, moi, je suis l’ado désenchantée, un peu rebelle.

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Jacques

Quel type d’ado étais-tu?

D.F. - J’ai mis de moi dans Fleur, mais j’ai surtout gueulé dans le film tout ce que je n’ai pas gueulé quand j’étais ado. Parce que même si j’étais plus sage qu’elle, j’avais ce côté-là aussi un peu désenchanté, un peu paumé. En même temps, pour moi, ça s’est arrêté très vite parce qu’il y a eu L’enfant et que j’ai eu des responsabilités. En tout cas, j’ai essayé d’en avoir en continuant à faire des films, en quittant mes parents.

L’enfant, La tourneuse de pages, L’été indien…Tes choix sont à la fois audacieux et exigeants. Intransigeante?

D.F. - Oui, je n’ai pas envie de faire n’importe quoi, ça c’est sûr. J’adore me frotter à des choses nouvelles… Les rôles d’ado, par exemple, j’ai vraiment envie d’arrêter là. J’en ai joué pas mal. Je crois modestement que j’ai mis dans Fleur tout ce que je n’avais pas encore donné aux autres. Mais maintenant, je me sens dans un autre stade. J’ai dépassé ça. Même dans ma vie.

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Marc-André

Tous les personnages du film sont vus à travers un moment-clé de leur existence. C’est quoi, « le premier jour du reste de ta vie »?

D.F. - J’aurais envie de dire le début de La tourneuse de pages. Parce que c’est le moment où je pars de chez mes parents. Pour le tournage, je me suis installée à Paris quelques mois. Mais là, je suis retournée en Belgique où je vis seule comme une grande. C’est peut-être ça mon début de vie d’adulte: commencer à travailler, à payer mon loyer, laver mon linge. Et je ne le ramène pas chez mes parents comme mon frère dans le film!


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Pio

Avec quel réalisateur rêverais-tu de tourner?

D.F. - Le fantasme absolu serait de tourner avec Tim Burton, parce qu’il possède un univers dément. Je me contente déjà de voir ses films, en attendant! Sinon j'aime aussi la vision décalée du monde façon Michel Gondry. Puis enfin Joachim Lafosse. Joachim, si tu m’entends, tu ne m’as toujours pas vue en casting...


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Rémi

Il y a une scène dont on te reparlera encore dans quelques années, comme à Meg Ryan de son orgasme simulé dans When Harry met Sally, c’est la fameuse scène de la « bouche pleine »…

D.F. - Oh, mon Dieu… C’est la première fois qu’on me la pose, celle-là. Il faut que ce soit pour la Belgique. Bravo, les Belges pour la délicatesse (rires)!

Non, les autres sont juste plus hypocrites… Je voulais dire que grâce à cette scène, on sait désormais que tu es capable de faire rire.

D.F. - Oui, et j’espère que les gens verront ça. Tu sais, quand les journalistes me rencontraient après L’enfant ou La tourneuse…, c’était chaque fois l’étonnement: « Mais vous êtes une fille marrante en fait! ». Mais oui, qu’est-ce que vous croyez ? J’ai vraiment envie de faire des choses drôles, parce que je ne suis pas une fille triste. J’adore rire et faire rire.

Tu es actuellement en plein tournage. Tu peux nous en dire quelques mots?

D.F. - Je tourne en ce moment à Bruxelles My queen Caro, un film belge autour d’une famille des années 70. J’ai autre chose aussi en préparation, mais ça, c’est top secret!

Propos recueillis par Thierry Van Wayenbergh

17:20 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Bijou de famille

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En deux films à peine, le Français Rémi Bezançon s’impose comme un véritable réalisateur à l’univers très personnel. Auteur du prometteur Ma vie en l’air, le cinéaste s’attaque au thème archi-éculé de la famille, mais avec une idée géniale : filmer le jour le plus marquant dans la vie de chaque membre d’un petit clan, les Duval et leurs trois enfants, sur une période d’une douzaine d’années. Cinq jours particuliers, cinq chapitres du film qui influent sur le devenir de la petite famille, commençant par le départ d’Albert, le frère aîné, du cocon familial amoureusement entretenu par une maman en butte au temps qui passe.

Jamais apparente, la mise en scène faite d’ellipses et d’allers-retours quasi invisibles dans le récit, tient pourtant du phénomène dans un genre généralement plat. Une pauvre Cendrillon égarée sous un abribus, une femme qui essaie de retrouver le souffle de son mari, le regard mélancolique de Gamblin devant la statue du Commandeur… On ne compte plus les images inoubliables d’un film original, tonique, constamment inventif et poétique, au diapason d’acteurs épatants, légers, drôles, sensibles et d’une confondante vérité.

Un film pour toute la famille – et ce n’est pas une formule – dont on ne regrette qu’une chose : qu’il y ait le mot « fin ».

 

T.V.W.

 

17:02 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pio marmai, transmission, bezancon, deborah francois |  Facebook |

11/08/2008

Pendant que le gouverne ment, petit arrêt sur l'"Elève libre" de Lafosse

Elève libre

Après le tendu et réussi Nue propriété, le beau diable de Joachim Lafosse réitère dans l’installation méthodique et pugnace de son petit théâtre de la cruauté. Jamais gratuit, toujours sur le fil, Élève libre avance patiemment ses pions, et fait reculer avec une intelligence roublarde les limites de l’indicible.

Un film troublant qui laisse un goût brûlant en bouche. Et un pari insensé de Jonathan Zaccaï (De battre mon cœur s’est arrêté) et Yannick Renier (le frère de l’autre), deux beaux mâles du cinoche francophone qui jouent audacieusement avec leur image, tout en venant gratter les coins d’ombre du fameux ’spectateur-voyeur’ d’Hitchcock…

T.V.W.

12:17 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : renier, zaccai, lafosse, trouble |  Facebook |