11/11/2008

La solitude du spectateur, au moment de sauter dans le vide

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Cinéaste autodidacte de l’immigration (Au-delà de Gibraltar), Barman, délaisse ses marottes socio-culturelles pour une histoire fictionnelle : celle d’une famille ordinaire qui dérape. Un coup de feu. Ça commence bien. Riaboukine ouvre péniblement la porte de son 4x4. Son fils fait semblant d’aller à l’école. L’acteur ouvre la porte de son appartement en expirant très fort. Il va chercher des clopes. Referme à bout de souffle la porte de son véhicule. On  ne voit pas le temps passer. Et en effet, il ne passe pas. Ça dure une éternité. Combien de portes Riaboukine a-t-il déjà ouvertes en soufflant ? On était à 23. Mais la joie de vivre communicative de sa Mona Lisa de femme  a interrompu le décompte. Fichtre! Dire qu’on avait trouvé de quoi s’occuper. Une voiture tourne. Quatre têtes à claques à l’intérieur. Dont le fils, Laurent, qui n’a toujours pas l’air d’aimer l’école. Ils viennent de faire un gros coup : taguer un compartiment de train à l’abandon. Un peu d’action : un des vilains tagueurs, le plus bronzé, est plaqué au sol par quatre flics armés jusqu’aux dents. Bande de salauds! T’avais qu’à pas jouer de ta bombe noire, terroriste ! C’est une astuce pour nous détourner de l’histoire principale. C'est sûr. C’est quoi encore ? Il n’y a pas eu un coup de feu au début ? On ne sait plus, les acteurs non plus d’ailleurs. Quelle importance?

T.V.W.

19:07 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/09/2008

Passage de témoin

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Olivier Assayas est sans doute le moins français des réalisateurs hexagonaux. Ainsi, après quelques errements (Demonlover) teintés de science-fi, le cinéaste renoue avec un cinéma moins poseur et livre avec L’Heure d’été le plus taïwanais de ses films. Sa caméra effleure plus qu’elle ne pénètre le quotidien de la famille Berthier, apparemment unie, jusqu’à la mort soudaine de la mère. Assayas trace avec une émotion retenue la relation entre deux frères et une sœur encombrés par leurs souvenirs, et pire pour le plus jeune des frères, par le poids de ces derniers : que faire en effet de la grande bâtisse familiale et toutes les œuvres d’un grand oncle artiste consignées par la défunte comme on conserve des lettres d’amour?

Subtil, raffiné, voilé d’une délicate poésie impressionniste, le tableau d’Assayas ne manque assurément pas d’âme, mais abandonne parfois ses personnages à leur représentation. S’alourdit aussi de quelques scènes inutiles.

C’est ailleurs que le film nous fait vibrer. Par l’intelligence de son rapport au temps, la pertinence de son questionnement sur la place de l’art, sa nécessité même. Mais avant tout par sa façon personnelle de nous dire que si l’on n’apprend pas à gérer notre passé, on ratera le train d’un monde moderne en perpétuel mouvement.

 TVW

09:05 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/08/2008

Questionnaire cinématographique

Je relaie ici mon excellent collègue blogueur Ludovic Maubreuil de Cinématique pour répondre également à un 'questionnaire cinéma' très classique soumis par quelques cinéphiles du Net.

Disons-le tout net: je déteste profondément les classements cinématographiques, quels qu'ils soient. Pour la simple et bonne raison qu'il n'ont pas de sens. Mais pour une fois, je me résous à participer à ce genre de petit jeu (sans conséquence?). Tout en sachant que cela correspondra à un temps ''a'', qui dans une heure plus mélancolique ou colérique, aura été complètement bouleversé.

Un film : Voyage au bout de l'enfer de Cimino

Un réalisateur : le génie d'un seul film sublime, Charles Laughton

Une histoire d'amour : Rett Butler et Scarlett O'Hara

Un sourire : tous ceux de Steve McQueen

Un acteur : le protéiforme Dustin Hoffman de Little big man (et de tous ses grands films)

Une actrice : Vivien Leigh, fragile Blanche Dubois du Tramway...

Un générique : celui de fin d'Apocalypse now, parce qu'il prolonge mon doux malaise

Une scène-clé : l'attente muette de l'Homme à l'harmonica sur un quai de gare désert

Un gâchis : la mort de River Phoenix

Un monstre : Peter Sellers dans
Lolita

Un torrent de larmes : Jim tenant Plato mort dans ses bras (La fureur de vivre)

Une révélation : Déborah François dans La tourneuse de pages (je n'avais plus connu ça depuis Bonnaire)

Un traumatisme : mon premier "Dewaere", vu à la dérobée à... 9 ans. C'était Préparez vos mouchoirs. Son regard m'a fait pressentir sa mort. J'ai été irrémédiablement attiré.

Un choc plastique en couleurs : Blade runner, une architecture torturée que je n'ai retrouvée qu'à Bangkok.

Un choc plastique en N & B : The Barber, des frères Coen.

Un choc tout court : le regard halluciné de Klaus Kinski dans
Aguirre...

Un artiste sous-estimé : Steven Spielberg, magnifique portraitiste de la famille en ruines.

Un somnifère : mais alors très puissant : La question humaine, de Klotz

Un gag : Keaton, gag-man absolu

Un fou-rire : les bains turcs avec "Big Moustache"

Un fantasme : avoir connu Gene Tierney

Une découverte récente : la mélancolie douce du Premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon

Une bande son : celle de l'envoûtant Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, par Nick Cave et Warren Ellis

Un artiste surestimé : Matthieu Amalric (sa diction traînante est épouvantable)

Un frisson : la petite fille qui prépare des 'fixes' pour son père (immense Jeff Bridges) dans l'obsédant Tideland de Gilliam

Un rêve : Le magicien d'Oz

Un baiser : celui que je n'ai pas encore donné à Virginie Ledoyen. Je lui ai pourtant dit : "S'il vous plaît".

Un plan séquence : le faux plan séquence sans coupe de La corde. On s'en fiche, au cinéma, comme dans l'existence, tout est faux.

Un plan tout court : le plan "vide" - entre ombre et lumière - de La féline (Tourneur) hanté par des bruits de pas qui terrorisent Simone Simon.

Une scène d'amour : Zabou qui tente de récupérer le dernier souffle de Gamblin dans
Le premier jour du reste de ta vie

Une rencontre d'acteur: Philippe Léotard au Festival du Film de Bruxelles en 96. Je n'avais rien trouvé d'autre à lui dire que : "Je suis content de rencontrer une vraie gueule du cinéma français". Ce à quoi il avait rétorqué, sourire tendre en coin : "Et toi, t'as vu ta gueule?!". Avant de repartir clopin-clopant vers le bar pour s'enfoncer un peu plus dans de rassurantes vapeurs d'alcool. Un des plus grands moments de mon existence.

Une mort : Joe Buck dont le rêve d'une autre vie se prolonge en une petite mort dans Macadam cow-boy.

T.V.W.

22:22 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : si j etais |  Facebook |