15/09/2008

Passage de témoin

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Olivier Assayas est sans doute le moins français des réalisateurs hexagonaux. Ainsi, après quelques errements (Demonlover) teintés de science-fi, le cinéaste renoue avec un cinéma moins poseur et livre avec L’Heure d’été le plus taïwanais de ses films. Sa caméra effleure plus qu’elle ne pénètre le quotidien de la famille Berthier, apparemment unie, jusqu’à la mort soudaine de la mère. Assayas trace avec une émotion retenue la relation entre deux frères et une sœur encombrés par leurs souvenirs, et pire pour le plus jeune des frères, par le poids de ces derniers : que faire en effet de la grande bâtisse familiale et toutes les œuvres d’un grand oncle artiste consignées par la défunte comme on conserve des lettres d’amour?

Subtil, raffiné, voilé d’une délicate poésie impressionniste, le tableau d’Assayas ne manque assurément pas d’âme, mais abandonne parfois ses personnages à leur représentation. S’alourdit aussi de quelques scènes inutiles.

C’est ailleurs que le film nous fait vibrer. Par l’intelligence de son rapport au temps, la pertinence de son questionnement sur la place de l’art, sa nécessité même. Mais avant tout par sa façon personnelle de nous dire que si l’on n’apprend pas à gérer notre passé, on ratera le train d’un monde moderne en perpétuel mouvement.

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09:05 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/08/2008

La Tourneuse de films: interview de Déborah François

Épatante en jeune fille grunge dans la comédie de Bezançon, Déborah François prévient: ce sera son dernier rôle d’ado!

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 Déborah

A tout juste 21 ans, la Liégeoise Déborah François a connu un début de carrière pour le moins fulgurant. A peine a-t-elle fait ses premiers pas chez les frères Dardenne pour L’enfant en 2005, qu’elle foule le tapis rouge de Cannes, puis connaît sa première nomination aux Césars. Un an plus tard, elle impressionne dans un rôle de femme fatale dans le très chabrolien Tourneuse de pages. Retour sur la Croisette, et nouvelle nomination au César du meilleur espoir féminin. Habituée des rôles dramatiques et des films d’auteur, elle rejoint le casting trois étoiles des Femmes de l’ombre de Jean-Paul Salomé avec Sophie Marceau, sa première grosse production. Loin du faste de cette dernière, Déborah François nous a donné rendez-vous dans un modeste café-brasserie à Paris. Sourire en coin, mais les yeux trahissant une petite nuit, l’actrice nous raconte avec une pointe de fierté son autonomie chèrement gagnée  « Ça a été très dur au début. Quitter mes parents, prendre des avions seule, me retrouver dans des chambres d’hôtel dans des pays lointains… Ça m’a pris deux ans, mais, là, ça va, maintenant je gère ». Ce délicat passage à l’âge adulte est justement l’un des thèmes marquants du Premier jour du reste de ta vie, de Rémi Bezançon, où elle épate une fois de plus dans le rôle de Fleur, une ado en guerre ouverte contre sa mère. Un petit bijou de film qui mériterait bien de couler le Titanic de James Cameron.

 

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Zabou

La question qu’on t’a le plus posée?

DEBORAH FRANÇOIS. - Je peux te la dire, mais je ne vais pas y répondre. (Avec une voix traînante) C’est comment de travailler avec les Dardenne? Demandez à la petite nouvelle (Arta Dobroshi, révélation du Silence de Lorna, ndlr). Elle n’a peut-être pas encore eu 250 fois la question.

Peux-tu nous présenter brièvement Fleur et sa famille?

D.F. - Moi je suis Fleur, la petite dernière. J’ai deux grands frères, Raphaël et Albert. Mon père s'appelle Robert et ma maman, Marie-Jeanne. Mon père, c’est le bon vivant. Il vit au jour le jour, il ne s’inquiète pas. Maman, elle, a peur du temps qui s’écoule, veut revivre sa jeunesse et retourner à la Fac. Pour Albert, mon frère aîné, le temps presse, il veut quitter le cocon familial. Il y aura un clash avec lui. Puis il y a Raphaël. Pour lui, le temps s’est englué. On va dire qu’il s’est arrêté vers 13-14 ans. Enfin, moi, je suis l’ado désenchantée, un peu rebelle.

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Jacques

Quel type d’ado étais-tu?

D.F. - J’ai mis de moi dans Fleur, mais j’ai surtout gueulé dans le film tout ce que je n’ai pas gueulé quand j’étais ado. Parce que même si j’étais plus sage qu’elle, j’avais ce côté-là aussi un peu désenchanté, un peu paumé. En même temps, pour moi, ça s’est arrêté très vite parce qu’il y a eu L’enfant et que j’ai eu des responsabilités. En tout cas, j’ai essayé d’en avoir en continuant à faire des films, en quittant mes parents.

L’enfant, La tourneuse de pages, L’été indien…Tes choix sont à la fois audacieux et exigeants. Intransigeante?

D.F. - Oui, je n’ai pas envie de faire n’importe quoi, ça c’est sûr. J’adore me frotter à des choses nouvelles… Les rôles d’ado, par exemple, j’ai vraiment envie d’arrêter là. J’en ai joué pas mal. Je crois modestement que j’ai mis dans Fleur tout ce que je n’avais pas encore donné aux autres. Mais maintenant, je me sens dans un autre stade. J’ai dépassé ça. Même dans ma vie.

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Marc-André

Tous les personnages du film sont vus à travers un moment-clé de leur existence. C’est quoi, « le premier jour du reste de ta vie »?

D.F. - J’aurais envie de dire le début de La tourneuse de pages. Parce que c’est le moment où je pars de chez mes parents. Pour le tournage, je me suis installée à Paris quelques mois. Mais là, je suis retournée en Belgique où je vis seule comme une grande. C’est peut-être ça mon début de vie d’adulte: commencer à travailler, à payer mon loyer, laver mon linge. Et je ne le ramène pas chez mes parents comme mon frère dans le film!


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Pio

Avec quel réalisateur rêverais-tu de tourner?

D.F. - Le fantasme absolu serait de tourner avec Tim Burton, parce qu’il possède un univers dément. Je me contente déjà de voir ses films, en attendant! Sinon j'aime aussi la vision décalée du monde façon Michel Gondry. Puis enfin Joachim Lafosse. Joachim, si tu m’entends, tu ne m’as toujours pas vue en casting...


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Rémi

Il y a une scène dont on te reparlera encore dans quelques années, comme à Meg Ryan de son orgasme simulé dans When Harry met Sally, c’est la fameuse scène de la « bouche pleine »…

D.F. - Oh, mon Dieu… C’est la première fois qu’on me la pose, celle-là. Il faut que ce soit pour la Belgique. Bravo, les Belges pour la délicatesse (rires)!

Non, les autres sont juste plus hypocrites… Je voulais dire que grâce à cette scène, on sait désormais que tu es capable de faire rire.

D.F. - Oui, et j’espère que les gens verront ça. Tu sais, quand les journalistes me rencontraient après L’enfant ou La tourneuse…, c’était chaque fois l’étonnement: « Mais vous êtes une fille marrante en fait! ». Mais oui, qu’est-ce que vous croyez ? J’ai vraiment envie de faire des choses drôles, parce que je ne suis pas une fille triste. J’adore rire et faire rire.

Tu es actuellement en plein tournage. Tu peux nous en dire quelques mots?

D.F. - Je tourne en ce moment à Bruxelles My queen Caro, un film belge autour d’une famille des années 70. J’ai autre chose aussi en préparation, mais ça, c’est top secret!

Propos recueillis par Thierry Van Wayenbergh

17:20 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

16/01/2008

Prix de plus mauvais scénario de l'année aux Golden Globes américains



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Les scénaristes boudant toujours pour cause de 'mauvais traitements', c'est donc une remise des Golden Globes sous la forme d'un communiqué de presse d'une bonne vingtaine de minutes à laquelle nous avons pu assister. Liminaire, faut-il le préciser, comme son 'originalité'.

MEILLEUR FILM DRAMATIQUE

  • American Gangster
  • Les promesses de l'ombre
  • Reviens-moi
  • The Great Debaters
  • Michael Clayton
  • No Country for Old Men
  • There Will Be Blood

    MEILLEURE ACTRICE DANS UN FILM DRAMATIQUE
  • Cate Blanchett - Elizabeth: L'Age d'or
  • Julie Christie - Loin d'elle
  • Jodie Foster - A vif
  • Angelina Jolie - Un coeur invaincu
  • Keira Knightley - Reviens-moi

    MEILLEUR ACTEUR DANS UN FILM DRAMATIQUE
  • George Clooney - Michael Clayton
  • Daniel Day-Lewis - There Will Be Blood
  • James McAvoy - Reviens-moi
  • Viggo Mortensen - Les promesses de l'ombre
  • Denzel Washington - American Gangster

    MEILLEURE COMEDIE OU COMEDIE MUSICALE
  • Across the Universe
  • La guerre selon Charlie Wilson
  • Hairspray
  • Juno
  • Sweeney Todd

    MEILLEURE ACTRICE DANS UNE COMEDIE OU COMEDIE MUSICALE
  • Amy Adams - Il etait une fois
  • Nikki Blonsky - Hairspray
  • Helena Bonham Carter - Sweeney Todd: Le diabolique barbier de Fleet Street
  • Marion Cotillard - La mome
  • Ellen Page - Juno

    MEILLEUR ACTEUR DANS UNE COMEDIE OU COMEDIE MUSICALE
  • Johnny Depp - Sweeney Todd
  • Ryan Gosling - Lars and the Real Girl
  • Tom Hanks - L aGuerre selon Charlie Wilson
  • Philip Seymour Hoffman - The Savages
  • John C. Reilly - Walk Hard: The Dewey Cox Story

    MEILLEUR FILM D'ANIMATION
  • Bee Movie
  • Ratatouille
  • The Simpsons Movie
  • MEILLEUR FILM ETRANGER

  • 4 mois, 3 semaines et 2 jours
  • Le scaphandre et le papillon
  • Les Cers-volants de Kanoul
  • Lust, Caution
  • Persepolis

    MEILLEUR SECOND ROLE FEMININ
  • Cate Blanchett - I'm Not There
  • Julia Roberts - La guerre selon Charlie Wilson
  • Saoirse Ronan - Reviens-moi
  • Amy Ryan - Gone Baby Gone
  • Tilda Swinton - Michael Clayton

    MEILLEUR SECOND ROLE MASCULIN
  • Casey Affleck - L'assassinat de Jesse James
  • Javier Bardem - No Country for Old Men
  • Philip Seymour Hoffman - La guerre selon Charlie Wilson
  • John Travolta - Hairspray
  • Tom Wilkinson - Michael Clayton

    MEILLEUR REALISATEUR
  • Tim Burton - Sweeney Todd: Le diabolique barbier de Fleet Street
  • Ethan Coen et Joel Coen - No Country for Old Men
  • Julian Schnabel - Le Scaphandre et le Papillon
  • Ridley Scott - American Gangster
  • Joe Wright - Reviens-moi

    MEILLEUR SCENARIO
  • Diablo Cody - Juno
  • Ethan Coen et Joel Coen - No Country for Old Men
  • Christopher Hampton - Reviens-moi
  • Ronald Harwood - Le Scaphandre et le Papillon
  • Aaron Sorkin - La Guerre selon Charlie Wilson

    MEILLEURE COMPOSITION MUSICALE
  • Reviens-moi
  • Les promesses de l'Ombre
  • Grace is Gone
  • Into the Wild
  • Les Cerfs-volants de Kaboul

    MEILLEURE CHANSON
  • "Despidida" - Love in the Time of Cholera Music by: Shakira, Antonio Pinto Lyrics by: Shakira
  • "Grace is Gone" - Grace is Gone Music by: Clint Eastwood Lyrics by: Carole Bayer Sager
  • "Guaranteed" - Into the Wild Music & Lyrics by: Eddie Vedder
  • "That's How You Know" - Enchanted Music & Lyrics by: Alan Menken
  • "Walk Hard" - Walk Hard: The Dewey Cox Story Music & Lyrics by: Marshall Crenshaw, John C. Reilly, Judd Apatow, Jake Kasdan
  • (Copyright Dvdrama.com pour la mise en page du Palmarès des Golden Globes)

    Frustré par l'incroyable manque d'audace de l'Académie, l'indéboulonnable présence du politically correct et le scandaleux oubli de films qui n'ont pas fini de marquer l'histoire cinématograhique (nous en reparlerons plus bas), nous avons décidé de décerner NOS prix :

    Prix du Brossage dans le Sens du Poil : Les Golden Globes

    Prix du Scénario Réchauffé : Les Golden Globes

    Prix du Passage Juste à Côté des Vraies Valeurs Montantes : Les Golden Globes

    Prix Alzheimer : Les Golden Globes

    Prix de  De qui se moque-t-on ? : Les Golden Globes

    Prix du God bless America : Les Golden Globes

    Prix du Bush à Bush : Les Golden Globes

    Prix du Look le Plus Savamment Non Préparé : George Clooney dans Michael Clayton

    Clayton

    Prix du Meilleur Film pas Cité : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    Prix du Meilleur Acteur Inconnu : Emile Hirsch dans Into the Wild

    Hirsch

    Emile Hirsch, dans son itinéraire d'un enfant qui ne veut plus être gâté

    Prix de Gnangnantise Larmalœillisante : Atonement [ Cité 14 (!) fois dans les prochains Baftas - récompenses britanniques - à venir !! "Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font !"]

    Prix de la Meilleure Actrice : voir Prix Alzheimer (Julie Christie)

    Prix de la Meilleure Actrice 2008 Ignorée ou Rabaissée au Rang de Second Rôle : Cate Blanchett

    Prix de la Meilleure Perruque : Cate Blanchett, dans I'm not there

    Prix du 'Grand-Père' le plus Touchant et du Second Rôle Véritablement Supporting : Hal Holbrook dans Into the Wild

    Prix de la Quarantenaire la plus Sexy : Catherine Keener dans Into the wild

    Prix des Vieux de la Vieille en Belle Forme : William Friedkin (Bug) et Sidney Lumet (7h58 ce samedi-là)

    Prix du Meilleur Film "Je ne suis pas là (du tout)" : Zodiac

    Zodiac

    Prix de la Meilleure Seconde Perruque : Angelina Jolie dans A Mighty Heart

    Prix du Meilleur Acteur Seul au Monde Pendant 45 Minutes Mais Après Ça se Gâte : Will Smith dans Je suis une légende

    Prix du Serial Killer le plus Fun Passé aux Oubliettes : Kurt Russel dans Boulevard de la mort

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                                                     Russel's crocs 

    Prix du Meilleur Acteur non Cité dans un Second Rôle : Sam Rockwell dans L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

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                       Sam, à côté du garçon chapeauté quasi-Afleck

    Prix du Meilleur Film Étranger le Plus Flamand: Ben X

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    Prix du Meilleur Réalisateur Ignomineusement Ignoré Pour son Goût de la Liberté dans le Pays du Roi Oseille : ex-aequo : Andrew Dominik pour L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et Sean Penn pour Into the Wild

    Prix du 'Ramassage de Miettes' dans une Cérémonie Baignée de Mièvritude : ex-aequo : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford et Into the Wild

    Prix de la Victime de la Johnnydeppisation et Meilleur Acteur Connu Pas Reconnu : Brad Pitt dans L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    Prix du Meilleur Scénariste Qui n'écrit pas pour les Mous du Bulbe et les Feignasses : Andrew Dominik pour L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    Prix de Je reste Calé Dans Mon Fauteuil Juste Après la Vision : Into the Wild

    Into the wild

                                           "Bus Stop", façon Sean Penn 

    Prix du Mal à l'Aise le Plus Rassénérant : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    Prix de la Lenteur la Plus Stimulante : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

    Jesse

                                                        La légende de Jesse

    Prix du Bon Thriller Carré Bourré de Clichés : Les Promesses de l'ombre

    Prix du Point Commun Avec Les Golden Globes : Marion Cotillard, meilleure actrice dans La Môme

    Cotillard-Piaf

    Prix du Meilleur Retour : Les frères Coen pour No Country for Old Men

    Prix du Meilleur Compositeur de Musique pompante pour Film Sanglolondesviolonisant : Mario Marianelli pour Atonement

    Prix de la Meilleure BO "Cité n'est pas gagné" : Into the Wild par Michael Brook, Kaki King et Eddie Vedder

    Prix de la Meilleure BO Oubliée : L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, de Nick Cave et Warren Ellis

    Prix du Meilleur Acteur Toutes Catégories de l'Année Rabaissé au Rang de Second Rôle Non Gagnant : Philip Seymour Hoffman

    Prix des Golden Blogues : ex-eaquo Cinématique, du ténébreux Ludovic Maubreuil et Contrechamps, de la belle toujours Sandrine Marquès

    Thierry Van Wayenbergh

    PS : Comme les Golden Globes préfigurent les futurs oscarisés, pourvu que les scénaristes poursuivent leur promenade sur la grève. La chronique de la mollesse annoncée n'en sera que moins longue.

     

    12:28 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |