04/04/2009

Elle et lui

Before sunset

Before sunset, comédie dramatique, ados, **

Céline et Jesse se sont connus neuf ans plus tôt, dans un train en direction de Vienne. Ils ont passé une nuit à parler tant et tant qu'ils s'étaient promis de se retrouver six mois plus tard. Mais ils ne se sont plus revus. Aujourd'hui, Jesse, devenu écrivain, signe des autographes dans une librairie parisienne, quand, tout à coup, son regard est attiré par une belle jeune femme qui l'observe. C'est Céline...

Neuf ans depuis leur première et furtive rencontre...

Neuf ans, c'est la vie et des points de suspension.

La première fois, ils eurent droit à une nuit. Cette fois, ils ont un peu plus d'une heure pour tout se dire avant que l’avion du bel Américain ne décolle.

Après Before sun... rise, Richard Linklater donne un nouveau rendez-vous amoureux à deux acteurs très attachants au jeu spontané, Ethan Hawke, et Julie Delpy. Lui a minci, attrapé des rides et un regard qui lui donnent une confondante ressemblance avec Tom Cruise. Il y a pire !  Elle n'a plus le visage poupon de l'adolescente, mais garde cet éclat brut du diamant taillé dans l'éternel.

Mais comment font-ils pour rester si beaux, alors que les gens "normaux" comme vous et moi se font inéluctablement patiner le cuir par l'usure du temps ?

Cette question, qui a franchement quelque chose d'agaçant, vous ne trouvez pas ? passe rapidement au second plan. Avec une habilité roublarde, Linklater glisse insensiblement de la superficialité apparente des retrouvailles de deux jeunes gens bien foutus et de la banalité terrible de leur longue loghorrée (tout le film est une balade en tête-à-tête dans les rues de Paris) à une étude sociologique plus fine qu'il n'y paraît sur le monde des trentenaires, leur vie, leurs rêves et leurs cruelles désillusions.

En dépit de son image terne et de son aspect auteuriste un peu fauché, le film tire sa force en ce qu'il laisse libre cours à l'imaginaire vagabond de chaque spectateur, et pas seulement dans sa fin ouverte. Ainsi, selon vos petits arrangements avec la vie, Before sunset sera, au choix, plein du romantisme d'un rêve adolescent fracassé, ou un coup d'œil désabusé dans le rétro terni de nos existences.

Non, la nostalgie n'a pas changé.

T.V.W.

18:59 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : delpy, linklater |  Facebook |

16/02/2009

Rourke ? Catch him if you can!

The Wrestler

The Wrestler ****

Réalisé par  Darren Aronofsky (2008)

Avec Mickey Rourke, Marisa Tomei, Evan Rachel Wood .

Président du jury du Festival de Venise 2008, Wim Wenders ne s’est pas trompé en attribuant à The Wrestler le Lion d’or du meilleur film. Ni en ajoutant dans la foulée que Rourke méritait la même récompense comme comédien, ne serait la spécificité du festival italien de ne pas remettre deux prix prestigieux à un même long métrage. Comment ne pas trop en dire pour faire sentir tout le bien qu’on pense du film, alors que le réalisateur aborde avec une indicible subtilité un sujet à priori casse-gueule? En disant qu’Aronofsky, avec humilité et talent fou, refuse obstinément de tomber dans les pièges du film de genre. Que ce film exceptionnel sur un catcheur déchu est tout sauf ça. Que l’auteur de Requiem for a dream, caméra à l’épaule derrière ce showman pathétique, dépasse les Dardenne sur leur propre terrain du « fictif documentaire », parce qu’il a compris, lui, que même chez les ‘’misérables’’, on garde l’humour en bandoulière. Pour parer les coups durs. Justement, tous les personnages d’Aronofsky, aussi cassés soient-ils, sont des drogués de la vie. Et Rourke, immense dans la peau de ce « phénomène de foire » à la gueule de travers et au cœur qui dérape, agit sur nous comme une addiction. Au cinéma, bien sûr. Mais aussi à l’existence. Formidable!

 

T.V.W.

 

18:52 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : aronofsky, rourke, doc |  Facebook |

13/12/2008

Coppola réinvente le cinéma, et s'attire les foudres de ceux qui ont oublié de rêver

lhomme_aff

1938, en Roumanie. Frappé par la foudre, Mattei, un vieux professeur de linguistique, rajeunit miraculeusement tandis que ses facultés se décuplent. Il peut s’atteler au grand œuvre de sa vie: le livre définitif sur l’origine du langage. A travers un récit méandreux et complexe, où il convoque le grotesque flirtant avec le ridicule (les scènes où Veronica/Laura ‘accouche’ dans son sommeil de langues anciennes) et le sublime (des plans rêvés superbes), le réalisateur d’Apocalypse now se livre à un poignant autoportrait de l’artiste qu’il est, en prise avec une seule contrainte, la nôtre à tous: le temps. Mattei n’aura de cesse de répéter qu’il est un être raté, par son incapacité à réaliser son ultime chef-d’œuvre. Un film déroutant, qui aborde profusion de thèmes et multiplie les clins d’œil à l’œuvre de Coppola, mais aussi au 7e art, machine magique tout à la fois contemporaine, prophétique et passéiste… intemporelle, comme ce métrage obsédant.

Th. V.W.

11:14 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : reve, duplicite, lanterne magique, coppola |  Facebook |