27/12/2007

J'ai enfin vu Les Promesses de l'ombre

 

Les promesses de Londres...

Sont celles que l'on essaie de deviner sous les lunettes fumées et le sourire maniéré de Nikolaï (Mortensen est tout de même loin de la finesse de jeu de Hanks dans Road to Perdition !), lorsqu'il aperçoit pour la première fois Anna, la jolie blondasse qui ressemble trait pour trait à Naomi Watts. Le Russe baraqué, ange noir et gros beauf chiqueur, on l'a bien compris dès le premier regard, la motarde, feignant n'avoir besoin de personne en Harley-Davidson, en ferait bien son 80 kilos 'ouateur'...

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Pendant ce temps, Kirill, le rejeton de Semyon, le patron de Nikolaï, casse l'ambiance avec sa démarche de petite racaille montée sur piles, dont on perçoit assez vite qu'il va péter les plombs.

Dès l'entame du nouveau Cronenberg, l'atmosphère est électrique, et ce n'est pas ce petit barbier trop voûté pour être honnête qui va nous prouver le contraire, affûtant la lame que son neveu épileptique écrasera nerveusement sur la gorge d'un client rasoir. Rien à voir, nous sommes en terre de gangs, la guerre est ouverte et le sang jaillit de la saillie. Et Tchétchène, et Tchétchène, tiens-le bien... en joue : ton frère s'est fait faire la peau dans un vrai coupe-gorge !

La moto a des ratés, mais la blonde a pris ses belles gambettes à son cou : Semyon, le soi-disant lent père, sous l'allure respectable d'un vieillard au regard azuré, cache un monstre. Un parrain pas ringard. Un vrai de vrai. Qui ne parle pas avec du papier mâché coincé dans sa bouche, mais qui accorde son pardon à des petits bonshommes chauves qui lui ont fait des coups de cochon dans le dos. Comme Brando au début de The Godfather I.

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Et depuis qu'Anna possède le journal intime d'une gamine de quatorze ans morte en couches, le vieux Russe tique. Au départ, ça y va mollo, l'animal tente de court-circuiter la belle infirmière en douceur, sans douleur. Seulement, toujours positive, elle offre de la résistance et le géniteur de Kirill commence à se mordiller sérieux le fin câble qui lui sert de lèvre. Attention, ma belle, ça risque de péter grave ! Mais Naomi en a vu d'autres (tu penses, King-Kong !) et fait fi de notre conseil. Puis, ce n'est pas tant la recherche de la vérité que Nikolaï, le beau conducteur, qui aimante l'infirmière dans ce repère peu recommandable. À la fois chauffeur asservi et électron libre, ce dernier oscille entre le positif et le négatif. Peu amène, il sent pourtant que le courant passe avec Watts. Il y a mis le temps, mais c'est normal : c'est un conducteur et il faut bien que les particules se déplacent. Par ailleurs, il en garde sous la pédale, parce que sa séance de hammam va le faire sérieusement suer ! 

Anna, ma sœur Anna, ne vois-tu rien venir ? Ce n'est pas un mec pour toi. Sûrement pas un homme sweet homme. Si t'avais vu les tatanes qu'il a envoyées à deux gorilles venus tailler le bout de pas gras du tout dans ce hammam ! Ok, point de vue corps, rien à dire : c'est une vraie chaudière à condensation dernier cri et tout est parfaitement raccordé, pas d'écoulement inutile... Mais pourquoi lui ont-ils tatoué le mode d'emploi sur la peau ?!

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Dans ce miroir inversé - mais nettement plus ambigu et réussi - de History of violence, le réalisateur canadien infiltre presque violemment de la douceur dans un monde de brutes sans noms. Et le vrai "Nobody" (bien que son corps, dissimulateur ou non, le raconte) c'est Nikolaï. Le personnage de Mortensen conduit, dans le sens électrique du terme. C'est une éponge : sur lui s'écrasent les larmes de Kirill, grand corps malade et dégénéré, désavoué par son ogre de père. Sur lui tente de s'accrocher la tendresse d'une infirmière découvrant les malheurs du monde et se croyant amoureuse. Sur lui s'acharnent deux mafieux Tchétchènes pour le mettre hors d'état de marche. Sur lui enfin repose à présent la confiance retrouvée d'un père de substitution, par la violence d'un tatouage de servitude éternelle. C'est une éponge et un passeur. Qui attire, mais demeure amant (frère et fils)-repoussoir. Son corps-objet ne sert qu'à transmettre. Sans émotion, il devient sauveur. Le Bien a remporté une bataille, le Mal est désincarné... mais son histoire se lit encore à même sa peau.

Preuve irréfutable qu'il "est toujours fécond, le ventre d'où est sorti la Bête immonde". Et que Cronenberg sait encore conduire un bon polar, certes classique, mais prenant, de la première à la dernière image.

Thierry Van Wayenbergh

15:53 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cronenberg, mortensen, violence, mafia russe |  Facebook |

09/11/2007

Tuer Bill !, clap deuxième !

La chaîne du « temps de cerveau rendu disponible à la pub » n'a pas que du mauvais : pour preuve, la semaine dernière, l'employeur des frères ennemis Arthur et Cauet diffusait Kill Bill 1. Sous presse, donc, la suite au petit écran de cette aventure pétaradante...


Kill Bill2

Kill Bill : Vol.2, Quentin Tarantino, 2003, AGA ***    Après avoir tué Vernita Green et O-Ren Ishii, deux membres de l'escouade des "Vipères" qui l'avaient laissée pour morte, La Mariée poursuit sa route.
Doivent encore payer la facture, Bud, le cow-boy miteux, Elle Driver, la  tueuse psychopathe borgne et enfin, le boss des "Vipères", Bill. Bill qui lui a tiré la balle dans la tête. Bill qui l'avait mise enceinte. Bill qu'elle
avait fui pour vivre une vie normale et qui le lui avait fait payer. Bill
qu'elle veut tuer...
 
  

 

Dans Kill Bill : Vol.1, Bill n’était d’abord que deux santiags filmées en noir et blanc, qui arpentaient un plancher frémissant jusqu’à une mariée, étendue sur le sol, dans une mare de sang. Puis, c’était une voix, rocailleuse, ironique, séduisante… celle de David Carradine dont on apercevrait encore à la fin du métrage les deux mains sur les épaules d’une vilaine à qui La Mariée vengeresse avait laissé la vie. Puis «cut», place à Kill Bill : Vol.2.


Kill Bill a


Après une scène d’ouverture sur Silhouette of Doom, d'Ennio Morricone, suivie d'un plan de Thurman, face caméra, rappelant sa motivation à tuer Bill, ce dernier s’annonce à elle au son de la flûte. Clin d’œil évident à L’Homme à l’harmonica, mais aussi au personnage zen de la série Kung-Fu , incarné par… David Carradine. 

kill bill m

 

 

Mais si Kill Bill : Vol.1 était le résultat d’un cocktail insensé né de la rencontre choc entre le western et les arts martiaux initiée par un ado génial un brin attardé et fou de ciné, pour Kill Bill 2, le réalisateur américain enfonce un cran la pédale de frein et conduit La Mariée sur la route de la maturité.

 

Kill Bill e


La violence référencée, la manipulation de l’image, l’humour noir et la folie douce sont toujours de mise dans ce second volet, mais il est presque exclusivement centré sur les rapports humains, où quelques coups de boule et autres crêpages de chignon homériques se perdent encore… pour mieux laisser affleurer l’émotion, réelle, forte, genre qui prend à la gorge. Et la poésie d’un couple qui crève l’écran.

 


Kill Bill b 

Alors, ce « Kill Bill »… Moins bon que le précédent ? Meilleur ?
Ne taquinons pas la mouchette dans le bolet de saké. Il est tout simplement tout à fait différent. Et passionnant.

Certains disaient Tarantino gamin cynique, plagiaire et sans la moindre profondeur. Avec Kill Bill : Vol. 2, il vient de prouver le contraire.  

 

Thierry Van Wayenbergh in Les Fiches belges  du Cinéma, 2004

14:44 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/09/2007

Les Papys font de la résistance

drucker

Michel Drucker

creton, rinaldi, magdaneM. Creton, G. Rinaldi, R. Magdane

" C'est la première fois que ça m'arrive en 43 ans de carrière !"

Ainsi s'exprime Michel Drucker 15 minutes avant la fin officielle de l'émission Vivement dimanche consacrée à Roland Magdane ce dimanche 16 septembre 2007.

Emporté par d'hilarants souvenirs d' "anciens combattants" du tube cathodique et de la télé en noir et blanc, Drucker remercie et congédie ses quatre invités, Christian Morin et l'impayable trio Michel Creton-Roland Magdane-Gérard Rinaldi, précisant avec une sacrée auto-dérision que la "ménagère de moins de 50 ans" en mal de jeunesse pouvait se rassurer quant à la moyenne d'âge des invités du plateau la semaine prochaine ("Christophe Willem, vous vous rendez compte, j'ai intérêt à m'habiller jeune !", rajoutera encore l'animateur), quand, tout à coup, un  téléphone rouge (pas un portable, non, un bon vieux téléphone à cadran) résonne sur la table basse du studio.

À l'autre bout du fil, Françoise Coquet, la productrice et amie intime de Drucker. Après avoir raccroché le combiné, Michel, le regard empourpré comme un gamin gaffeur lance à la cantonade : "Oh, vous pouvez vous rasseoir, les gars, je me suis trompé. L'émission n'est pas finie. Il en reste encore un quart d'heure !"

Nouveau fou rire d'un public qui n'aura pas eu besoin des gesticulations d'un chauffeur de salle pour s'en payer une bonne tranche.

Allez, contrairement à la Môme Piaf avec laquelle j'ai toujours partagé ce dégoût du "jour du Seigneur" :

Vivement dimanche prochain ! 

Thierry Van Wayenbergh

22:59 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |