22/04/2008

Les amants du métro

Souviens-toi, l’été dernier... Notre brève rencontre. L’histoire d’un homme et une femme, sans chabadabadas. Il devait être minuit dans les jardins du bien et du mal quand le dernier métro, majestueux et arrogant fit une entrée fracassante dans un bruit furieux de tôles froissées. Sa lumière métallique et le soleil vert des néons nous firent entrevoir la matrice d’un monde à part. Nous errions quelque part dans le temps. Là, le trou. Les couloirs du temps nous emportèrent à un train d’enfer jusqu’au bout du monde. J’avais pris ta rame et le chaudron magique avait produit bien davantage que l’effet escompté.

« Madame De... ? », te fis-je, passant soudain de docteur Jekyll à Mister Hyde. « Mon nom est personne, laissez là votre grande illusion et... ». Tu n’eus pas le temps de poursuivre. D’une simple pression, je te précipitai avec moi dans le vide. Le grand saut.

Nous serions pour un soir ou une vie les mariés de l’An II, les premiers Roméo et Juliette des premières années cybernétiques de l’amour. La lumière métallique et le soleil vert. Nos deux corps vierges endormis sur la voie, recouverts d’un écran blanc, baignant dans la résolution optimale d’un 17 pouces à cristaux liquides.

N’était-ce pas là le fin du fin ?Pouvoir se suicider sans douleur. Mieux encore, sans mourir.D’une simple pression sur le bouton “DELETE”.

Lara, je t’aime.   

Thierry V.W.

17:22 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

29/03/2008

Vous reprendrez bien un peu de cervelle ?

Cabin fever
 

Cabin Fever, horreur, AD, *

Deux filles et trois gars ont loué une cabane perdue au fond des bois pour oublier le stress des examens . Le soir, alors qu'ils se racontent des histoires à se faire peur autour d'un feu de camp, un homme surgit de nulle part et leur demande de l'aide. Secoué de spasmes, l'individu se met à vomir des nappes de sang. Après lui avoir bouté le feu accidentellement, les cinq copains se retranchent dans leur fort isolé. Quelques heures plus tard, Karen ne se sent vraiment pas bien...

Très loin de la brillance de 28 Jours plus tard auquel il fait
inévitablement penser, Cabin fever contient tous les éléments constitutifs du slasher-movie, entendez par là film d'horreur de série Z, mis en pièces par Scream : des jolies pépées bien roulées au QI inversement proportionnel à leur plastique et dont le réalisateur s'amuse à voir se décrépir le physique (la scène de la douche et celle où on achève Karen à coups de pelle sont particulièrement éloquentes), du cul... oui, des gros lourds libidineux qui ont le sexe entre les oreilles et l’arme à la main, une maison isolée, des bois inquiétants, des autochtones suspicieux et suspects, du sang, du bon, du qui gicle, des membres (c'est à qui ce pied ?) et, last but not least le dépeceur furieux, le croque-mitaine amateur de chair fraîche, d'un genre particulier cette fois, parce qu'on ne le voit jamais, et pour cause, c'est un virus mortel façon Ebola qui bouffe nos ados fêtards de l'intérieur pour littéralement dégurgiter leurs entrailles sur l'écran.
Pas besoin de vous faire un dessin, c'est un film pour amateurs de
"tripes-tease", de boyaux et d'organes bien sanguinolents. Et, à propos d'organes, il faut vraiment avoir l'estomac bien accroché pour supporter les 30 dernières minutes de cette pochade horrifique forcément prévisible, où Eli Roth - ami de Tarantino et réalisateur des percutants Hostel 1 & 2-, n'y tenant plus de se plier au devoir de suggestion, de toute façon battu en brèche par la platitude de sa réalisation, lâche, déverse la sauce, d'un seul coup. C'est tellement gros qu'on dirait une bonne blague grasse d'étudiant potache, bien décidé à remporter le prix de la "plus dégueulasse".
Et, dans le genre, c'est plutôt réussi.

Thierry Van Wayenbergh

16:04 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : romero, horreur, slasher, roth |  Facebook |

05/03/2008

La Madonna des sleeping movies

swept away
À la dérive, G. Ritchie, 2002, tous, 0 Triste 

Riche et belle, Amber passe ses vacances sur un yacht de luxe, en compagnie de son homme et de deux couples d'amis. Mais elle s'ennuie et pour tuer le temps, s'adonne à son jeu favori : faire tourner en bourrique le petit personnel de bord, qu'elle méprise avec une rare méchanceté. Un jour, à la suite d'une intempérie, Amber et Pepe, son souffre-douleur préféré, se retrouvent coincés sur une île déserte.

Guy Ritchie, le mari de Madonna (ceci explique sans doute cela) adapte le film Vers un destin insolite sur les flots bleus de l'été, lui-même inspiré de la pièce L'Admirable Crichton, du papa de Peter Pan, James M. Barrie. Tous deux, jolies paraboles sur la richesse et la pauvreté.

Avec une imagerie ringarde façon Lagon bleu et des acteurs aux insupportables mimiques de mauvaise commedia dell'arte, voilà ce que le réalisateur britannique en a fait...

Pince-me et Pince-moi sont sur un bateau en partance pour les îles grecques. Pince-me est une Ricaine friquée, arrogante, méchante et malheureuse comme le capitalisme. Elle a investi un rafiot avec ses cons patriotes : son mari plein aux as, une copine qui n'arrête pas de se repoudrer le nez à la coke light, deux autres insipides et une petite blonde qui n'a pas inventé l'eau chaude. Pince-moi est un gentil pêcheur italien vaguement communiste, engagé comme souffre-douleur à tout faire pour satisfaire, avant tout, les moindres exigences de cette sale bique de Pince-me qui l'a pris en grippe.

Par un extraordinaire coup du sort, Pince-me et Pince-moi tombent à l'eau. Qui reste-t-il ? Pince-me et Pince-moi, tout seuls, sur une île déserte.

Vous l'aurez compris sans dessin, c'est l'occasion rêvée pour Pince-moi d'envoyer un bon coup de botte italienne dans le derrière impérialiste de la madone ricaine pourrie gâtée, et lui montrer, enfin, qui est l'homme ici, nom de nom !

Inversion des rôles donc, c'est à la richarde de trinquer. Mais Pince-moi a les yeux couleur de l'océan agité, et Pince-me n'arrête pas de se trimballer dans un deux-pièces noir, minimaliste comme l'histoire. La ''ratatouille'' devient chatouilles et papouilles dans les clapotis de l'eau, tandis que le spectateur, pour qui la croisière ne s'amuse pas du tout, a depuis longtemps largué les amarres pour se retrouver loin, très loin... à la dérive.

Thierry Van Wayenbergh

 

23:33 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madonna, derive, ritchie, navet |  Facebook |