26/03/2007

 Frictions armées

Paradise nowParadise Now, drame, 2005, ados, ***
Amis d’enfance, Saïd et Khaled sont mécaniciens à Naplouse. Khaled vient de recevoir son préavis, et Saïd a tapé dans l’œil de Suha, revenue au pays. Mais leur raison de vivre se situe ailleurs. Demain, ils doivent commettre un attentat suicide à Tel Aviv. Engagés volontaires dans une faction depuis plusieurs années, ils ne peuvent plus reculer. Après un dernier repas avec leur famille, ils se retrouvent ceinturés d’explosifs au poste-frontière. Mais l’opération ne se déroule pas comme prévu…
À l’heure du premier attentat suicide palestinien depuis le retrait des 21 colonies juives de la bande de Gaza, voilà un film qui risque de ne pas passer inaperçu.

Pour la première fois dans une fiction, on suit de l’intérieur la préparation minutieuse de deux martyrs qui vont se livrer à un acte terroriste en Israël. Leur dernier repas familial à l’insu de tous, leur remise en question, la peur, l’inéluctable mise en marche de la ceinture d’explosifs…

Car le grand mérite du film, c’est de donner un visage humain à l’horreur. Une audace que le cinéaste paiera sans doute de semblable façon qu’Oliver Hierschbiegel pour avoir osé humaniser Hitler dans Der Untergang. Nul doute que Paradise now alimentera aussi la polémique.

Mais qu’on le veuille ou non, avant de devenir des bombes humaines confinées dans l’anonymat de l’horreur guerrière, les terroristes furent des hommes.

Les futurs martyrs du film sont des types à l’existence très ordinaire, poussés un peu malgré eux à l’acte par des intellectuels discrets et par une existence qui ressemble à « un film minimaliste japonais », comme le dit l'un d'eux.

On est loin de l’image rassurante pour certains de légions de fanatiques hurlants déployée par les médias occidentaux dans le climat actuel de paranoïa, orchestrée par un monstre sans visage. Certes le terrorisme existe, il arrive à nos portes. Ce qui nous pousse bien davantage à avoir peur pour les nôtres et nos privilèges que d’essayer de comprendre ce qui fait qu’un homme, parfois même une fille de ‘’bonne famille’’ puisse se livrer à un tel acte : le massacre d’innocents, mais aussi la négation de son propre corps, déchiqueté dans un geste désespéré.

C’est ce genre d’interrogation que pose en filigrane ce film délicatement subtil et richement filmé malgré la pauvreté des moyens. Qui plus est, un formidable thriller hitchcockien culminant dans une scène finale extrêmement forte.

Un métrage d’une grande intelligence qui nous permet de rattraper un ‘’célèbre’’ dérapage médiatique de Michel Houellebecq. Non, l’islam, n’est pas « la plus con des religions ». Elles le sont toutes, lorsqu’elles servent la suprématie de l’homme sur l’homme.

Th. V.W.

04:21 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |