29/03/2007

 Blier, à nouveau l'oeil lubrique et le coeur amoureux

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Combien tu m’aimes ?, comédie dramatique, 2005,  - 16 ans, ***

 

Pigalle. D’un côté de la vitre, il y a François. De l’autre, c’est Elle. Une pute qui n’a rien à voir avec « les petites femmes de Pigalle ». Elle est belle comme un rêve éveillé. Pas un homme ne passe sans s’arrêter. Sous le charme. Cloué, médusé. Vampirisé. Cette fois, François a décidé de franchir le pas. Il entre et lui dit qu’il a gagné au loto, puis lui propose de devenir sa femme. « Combien tu prends pour ça ? »

Elle accepte aussitôt. Et François continue de vivre son rêve éveillé. Seulement elle n’est pas vraiment seule. On ne quitte pas comme ça Charly et le monde de la nuit…

 

Il y a mis le temps, Blier, mais cette fois il y est arrivé. Une paie que l’on attendait ça : Blier qui refait du Blier. Et l’on se sent à nouveau amoureux. Combien  Bertrand ? Beaucoup.

Car son cinéma, c’est celui des putes, des mecs largués, des bons mots, de la douceur sous les pavés battus par des talons aiguilles qui se ramassent parfois entre les rayures.

On disait de ses films qu’ils avaient mal vieilli, que notre époque mal dégrossie se fichait de la poésie de la rue. Fini, Blier, jeté en pâture aux marchands de comédies pop-corn qui squattent ses rêves depuis trop longtemps. Et le voilà de nouveau, la pipe à la bouche, l’œil un brin lubrique et le cœur amoureux.

 

combien tu

 

Faut dire, on a tous le palpitant trop fragile comme Bernard Campan (parfait en émois contenus d’adolescent) pour oser séduire la sublissime Monica Bellucci. Et elle joue le jeu, Madame Vincent Cassel ! Il lui fallait un cinéaste qui sache la regarder pour la libérer de son statut d’icône glaciale, plantée dans des poses arrogantes, trop distante pour être vraiment glamour ou même véritablement belle. Gageons que l’actrice italienne ne s’est pas encore rendue compte du cadeau que lui a fait Blier, un type souvent porté au pilori pour sa soi-disant misogynie, alors qu’il aime les femmes comme très peu de réalisateurs. Et peut-être comme peu d’hommes.

Est-ce à dire que le Blier des Valseuses se serait ramolli ? Pas du tout.  Il suffit pour s’en rendre compte d’admirer le jeu d’un Depardieu retrouvé qui ressort du coffre qu’il a fameux, la musique des mots de Bertrand, sans la moindre fausse note. Des mots provocateurs qui montrent combien les hommes peuvent parfois être de sales personnages parce qu’ils ne savent que gueuler pour prouver aux femmes leur supériorité supposée. Mais Blier les respecte. Il sait que nous les mecs on est rustres, un peu sauvages, parfois calculateurs, mais qu’on essaie d’aimer comme on peut.

Car dans ce film décalé que les esprits trop cartésiens auront un peu de mal à « digérer », il est surtout question d’amour. Et de beauté. De la beauté onirique du monde de Blier, de sa somptueuse photographie, des airs d’opéra qui imprègnent la pellicule. Et de Bellucci, actrice enfin libérée de sa chrysalide qui assume son corps de femme dans un beau film d’homme(s).

 

Th V.W.

 

01:37 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/03/2007

 De mère, las

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Ma Mère, drame, 2004, -16 ans,

 

Pierre, 17 ans, rejoint ses parents dans leur demeure en bord de mer, aux îles Canaries. Après la mort brutale de son père, c'est le choc. Pour que Pierre cesse de la déifier et parce qu'elle dit ne pas mériter son amour, la mère décide de révéler sa vraie nature à son fils. Celle d'une femme immorale, jusqu'au-boutiste dans sa perversion sexuelle.

 

L’écrivain-réalisateur Christophe Honoré adapte un roman inachevé et sulfureux de Georges Bataille, dont le thème central est hautement casse-gueule. Mais il a trouvé la parade : faire tout pour ne pas choquer. Il a donc transposé l'histoire loin de chez nous et demandé à ses acteurs d'être les plus distanciés possible.

 

Ils se sont si bien prêtés au jeu que son sujet a glissé entre les doigts du réalisateur français. Ne subsiste du brûlot incestueux de Bataille qu'une série de vignettes nombrilistes de Parisiens des beaux quartiers trompant leur ennui autour de la piscine d'une villa luxueuse ou glissant les mains sous les jupes dans une ville moite abandonnée au stupre des vacanciers de passage.

 

Tronche boudeuse de "T'en veux une ?", mèche rebelle mais petit bourgeois au fond de sa chair exhibée, Louis Garrel, le fils de son père, excelle à ce jeu de la pose maniérée.

 

Honoré balade une caméra tremblante qui donne le mal de mer, lors qu'on attendait un puissant mal de mère. Ses images ne sont pas provocantes. Elles dérangent simplement par leur incongruité et leur prétention avachie. Amenées avec la finesse d'un rouleau compresseur, les scènes de sexe bandent mou, parce qu'il aborde un sujet scabreux et foutrement intéressant avec le regard oblique d'un catéchumène se voulant « auteurisant ».

 

Pourtant, il y a bien ces scènes de domination-soumission, de masturbation à la lisière de l'inceste... mais jouées sans y toucher par une Isabelle Huppert en reine glaciale des nuits chaudes qui observe son "œuvre" du haut de son piédestal d'actrice intouchable. Ses beaux grains de beauté de belle rouquine alignés comme des soldats obéissants sous des dessous de soie trop propres. Faussement inspirée, et véritablement irritante. À l'image d'un film qui suinte de partout l'artificialité et fait certes transpirer le spectateur, mais c'est à force de se tortiller d'ennui dans son fauteuil.

 

Th. V.W.

19:13 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/03/2007

 Un père et passe

dont come..

 

Don’t come knocking, drame psychologique, 2005, ados, ***

 

Star de western vieillissante, Howard Spence quitte à bride abatture le plateau de tournage de son dernier film. Depuis longtemps déjà, il vit en solitaire et noie son dégoût de lui-même dans l’alcool, les filles faciles, la drogue et quelques coups de poings. Mais lorsque sa mère lui apprend qu’il a peut-être un enfant quelque part, une lueur d’espoir renaît : sa vie n’a peut-être pas été aussi vide qu’il le pense…

 

Avec DON’T COME KNOCKING, Wim Wenders boucle la boucle entamée avec PARIS, TEXAS, vingt ans plus tôt.

Il ne s’agit plus ici de partager la conquête d’un Ouest rêvé car, à la soixantaine sonnante, le réalisateur allemand, toujours nostalgique, semble un peu plus résigné.

Le décor du film, personnage à part entière du récit, c’est donc celui de l’Ouest démythifié, d’une Amérique qui dégringole. Le reflet du miroir du héros du film, évidemment.

 

Bien qu’il se défende avoir fait un film sur un cow-boy moderne solitaire, Wenders donne à Howard Spence l’image archétypale du vieil héros de l’Ouest, fatigué de chevaucher seul, rêvant à retrouver ceux qu’il a laissés derrière lui pour donner un sens à son existence. Et à ce jeu, les traits burinés, la voix rauque, bagarreur et alcoolo fini à ses heures, Shepard la joue somptueusement bien en ‘’poor lonesome cow-boy’’ déglingué.

 

Mais venons-en au sujet principal de l’histoire: comme plusieurs films projetés à Cannes en 2005 (L’Enfant, Boken flowers…), Don’t come… est avant tout un récit sur la paternité, plus grave que le Jarmusch, mais qui comporte ses accents d’humour et un imaginaire particulièrement original (notamment à travers le personnage de Sarah Polley, sorte d’ange qui ne quitte pas une urne contenant les cendres de sa mère).

 

Avec Shepard au scénario,Wenders a retrouvé les ailes du désir de filmer. Certains lui reprochent de faire du Wenders. Mais c’est ce qu’il fait de mieux : un cinéma d’errance, de quête d’identité à travers des paysages sublimes… qui deviennent par la magie de ses cadrages des tableaux du peintre américain Edward Hopper.

 

Dans ce voyage du père, il y a aussi une mère. En une scène magique entre Shepard et Lange (tous deux magnifiques), le réalisateur dit l’essentiel sur les rapports hommes-femmes…

Amant et père démythifié, au bout du voyage, Spence ne sera plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre. Comme nous, dont il aura remis les évidences en question.

 

Le cinéma a aussi cette vertu, quand il est bien fait, celle de nous apprendre à devenir des êtres humains plus fréquentables. Merci, Wim.

 

Th. V.W.

 

05:21 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |