12/08/2008

Bijou de famille

Le premier

En deux films à peine, le Français Rémi Bezançon s’impose comme un véritable réalisateur à l’univers très personnel. Auteur du prometteur Ma vie en l’air, le cinéaste s’attaque au thème archi-éculé de la famille, mais avec une idée géniale : filmer le jour le plus marquant dans la vie de chaque membre d’un petit clan, les Duval et leurs trois enfants, sur une période d’une douzaine d’années. Cinq jours particuliers, cinq chapitres du film qui influent sur le devenir de la petite famille, commençant par le départ d’Albert, le frère aîné, du cocon familial amoureusement entretenu par une maman en butte au temps qui passe.

Jamais apparente, la mise en scène faite d’ellipses et d’allers-retours quasi invisibles dans le récit, tient pourtant du phénomène dans un genre généralement plat. Une pauvre Cendrillon égarée sous un abribus, une femme qui essaie de retrouver le souffle de son mari, le regard mélancolique de Gamblin devant la statue du Commandeur… On ne compte plus les images inoubliables d’un film original, tonique, constamment inventif et poétique, au diapason d’acteurs épatants, légers, drôles, sensibles et d’une confondante vérité.

Un film pour toute la famille – et ce n’est pas une formule – dont on ne regrette qu’une chose : qu’il y ait le mot « fin ».

 

T.V.W.

 

17:02 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pio marmai, transmission, bezancon, deborah francois |  Facebook |

20/04/2008

De guerre, las

The warrior
 

The Warrior, drame, ados, ***  

 

Lafcadia est un redoutable et cruel guerrier à la solde d’un seigneur tyrannique. Un jour, lors d’une nouvelle expédition punitive, le regard d’une fillette lui fait soudain prendre conscience de la cruauté de ses actes. Il tombe l’épée et largue ses comparses.Furieux, le seigneur exige sa tête et fait tuer son fils.  

 

Pour son premier long métrage, Asif Kapadia, réalisateur indo-britannique, adapte une légende du Japon féodal qu’il transpose dans les contrées sauvages du Rajasthan et les contreforts de l’Himalaya. Que raconte cette légende ? Au Moyen Âge, un homme, dont la tête a été mise à prix, assiste impuissant à l’exécution de son fils.  

À partir de ce pitch extrêmement ténu, le réalisateur a tissé une épopée guerrière aux forts accents westerniens. Si Kapadia emprunte à des canons européens – on reconnaît l’ombre de Sergio Leone dans ses cadrages frontaux serrés, et celle, plus prégnante encore de John Huston à travers le destin tragique de son héros solitaire, dans presque chaque plan de Warrior -, c’est pour mieux les transcender et nous emmener au-delà de nos propres peurs, dans un récit puissant, si simple dans sa pureté et tellement complexe dans sa finalité : comment transformer ce désir compréhensible de vengeance, seul fil qui relie encore le guerrier à l’existence ?   Fabuleux voyage auquel nous convie le réalisateur, contemplatif comme un long et fulgurant poème humain tracé par une caméra au lyrisme et au verbe retenu : celui de la rédemption d’un tueur.  

Deux personnages splendides traversent cette aventure humaine : le guerrier, bien sûr, roc dont on perçoit petit à petit la fragilité des fondations, et le paysage, littéralement habité des tourments du héros. On voit ainsi l’image se draper de sérénité à mesure que Lafcadia se dépouille de son manteau d’horreur. Alors qu’il emplissait l’écran dans le désert de sa rage dévastatrice, le voilà à présent, machine à tuer redevenue homme, infiniment humble face à la magnificence des montagnes. 

On mesure le chemin (spirituel) parcouru. Et tout cela sans didactisme, sans la moindre esbroufe, au bout d’une merveilleuse histoire presque sans parole. Portée divinement par un acteur dont la densité incroyable transperce la pellicule à chaque image. 

Éblouissant !

Th. V.W.

19:07 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : revenge movie, inde |  Facebook |

12/03/2008

Amour : la preuve par trois

possible loves
Possible loves, comédie sentimentale de Sandra Werneck, tous, 2001, *** Moqueur

Carlos attend Julia au cinéma. L'attente est longue. Il se laisse aller  à une rêverie sur sa vie amoureuse future... À quoi pourrait-elle ressembler 15 ans plus tard ?

Première possibilité : avocat propret, mais frustré, Carlos est marié à une femme qu'il n'aime pas et ne cesse de penser à Julia.

Deuxième possibilité : Fraîchement divorcé de Julia, Carlos s'est réfugié dans les bras de Pedro et rend sporadiquement visite à son fiston de huit ans.

Troisième possibilité : Carlos vit dans le giron de sa mère et multiplie les conquêtes sans lendemain dans sa recherche de la femme idéale.

Une seule de ces histoires est la sienne...

Possible loves fourmille de petites merveilles d'inventivité dans une narration qui nous fait penser à Un jour sans fin, dans sa répétition.

Sandra Werneck filme plusieurs 'possibles' d'êtres humains ordinaires, ni particulièrement heureux ni désespérés. Par l'introduction de personnages satellites au couple central, la réalisatrice rend compte avec humour et tendresse de la peur de l'humain de traverser la vie seul, mais aussi de son égocentrisme forcené et paradoxalement vital. Aussi la mère de Carlos qui, paniquée à l'idée qu'il ne quitte son giron vit avec son fils une hilarante relation œdipienne, n'hésite-t-elle pas à le laisser tomber le jour où elle retrouve l'amour.

On lui pardonnera car Werneck nous tend adroitement le miroir de nos propres interrogations, et, partant, réussit l'incroyable tour de force de ne jamais nous poser en juge des histoires qu'elle nous conte avec humanité et un incontestable talent.

Chacun des trois récits - notre préférence se portera sur le moins correct d'entre eux : une relation homosexuelle belle dans ses regards, sa pudeur, jusque dans sa brisure même, dont l'émouvante simplicité rendue avec sobriété et grâce par deux formidables acteurs aux antipodes de la folle attitude, est une caresse chaude sur nos âmes - tient admirablement la route, jusqu'à un final savoureux, entre illusion et réalité.

Il serait criminel de ne pas citer Carolina Ferraz, tout simplement 'bluffante' dans son premier (et triple !) grand rôle au cinéma. Belle, drôle, triste, ivre, blessée, sensuelle, colérique... à l'image d'une grande comédie sentimentale qui donne furieusement envie d'exister.

Thierry Van Wayenbergh

20:18 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : werneck, amour, comedie sentimentale |  Facebook |