09/11/2007

Tuer Bill !, clap deuxième !

La chaîne du « temps de cerveau rendu disponible à la pub » n'a pas que du mauvais : pour preuve, la semaine dernière, l'employeur des frères ennemis Arthur et Cauet diffusait Kill Bill 1. Sous presse, donc, la suite au petit écran de cette aventure pétaradante...


Kill Bill2

Kill Bill : Vol.2, Quentin Tarantino, 2003, AGA ***    Après avoir tué Vernita Green et O-Ren Ishii, deux membres de l'escouade des "Vipères" qui l'avaient laissée pour morte, La Mariée poursuit sa route.
Doivent encore payer la facture, Bud, le cow-boy miteux, Elle Driver, la  tueuse psychopathe borgne et enfin, le boss des "Vipères", Bill. Bill qui lui a tiré la balle dans la tête. Bill qui l'avait mise enceinte. Bill qu'elle
avait fui pour vivre une vie normale et qui le lui avait fait payer. Bill
qu'elle veut tuer...
 
  

 

Dans Kill Bill : Vol.1, Bill n’était d’abord que deux santiags filmées en noir et blanc, qui arpentaient un plancher frémissant jusqu’à une mariée, étendue sur le sol, dans une mare de sang. Puis, c’était une voix, rocailleuse, ironique, séduisante… celle de David Carradine dont on apercevrait encore à la fin du métrage les deux mains sur les épaules d’une vilaine à qui La Mariée vengeresse avait laissé la vie. Puis «cut», place à Kill Bill : Vol.2.


Kill Bill a


Après une scène d’ouverture sur Silhouette of Doom, d'Ennio Morricone, suivie d'un plan de Thurman, face caméra, rappelant sa motivation à tuer Bill, ce dernier s’annonce à elle au son de la flûte. Clin d’œil évident à L’Homme à l’harmonica, mais aussi au personnage zen de la série Kung-Fu , incarné par… David Carradine. 

kill bill m

 

 

Mais si Kill Bill : Vol.1 était le résultat d’un cocktail insensé né de la rencontre choc entre le western et les arts martiaux initiée par un ado génial un brin attardé et fou de ciné, pour Kill Bill 2, le réalisateur américain enfonce un cran la pédale de frein et conduit La Mariée sur la route de la maturité.

 

Kill Bill e


La violence référencée, la manipulation de l’image, l’humour noir et la folie douce sont toujours de mise dans ce second volet, mais il est presque exclusivement centré sur les rapports humains, où quelques coups de boule et autres crêpages de chignon homériques se perdent encore… pour mieux laisser affleurer l’émotion, réelle, forte, genre qui prend à la gorge. Et la poésie d’un couple qui crève l’écran.

 


Kill Bill b 

Alors, ce « Kill Bill »… Moins bon que le précédent ? Meilleur ?
Ne taquinons pas la mouchette dans le bolet de saké. Il est tout simplement tout à fait différent. Et passionnant.

Certains disaient Tarantino gamin cynique, plagiaire et sans la moindre profondeur. Avec Kill Bill : Vol. 2, il vient de prouver le contraire.  

 

Thierry Van Wayenbergh in Les Fiches belges  du Cinéma, 2004

14:44 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

06/11/2007

Tuer Bill !

Kill Bill 28

Kill Bill : volume 1, Tarantino, ***

 Une petite chapelle au Texas est le théâtre d'une véritable boucherie. Neuf personnes sont étendues sur le sol, dans un alignement qui ressemble à un règlement de comptes. Parmi elles, celle que l'on appelle "La Mariée". Elle porte en elle l'enfant de l'assassin... et son cœur bat encore. Après quatre ans de coma, le temps de la vengeance est venu...

Après six ans d'absence, Tarantino sort un film en deux segments... et nul doute que Kill Bill, pour lequel il renoue avec ses manies de sale gamin provocateur, partagera d'un bon coup de sabre tranchant la critique en deux camps diamétralement opposés : les pour et les contre, pas de demi-mesure possible.

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Gageons aussi que pour l'extrême violence qu'il charrie, ce film fera office de brûlot, tout comme en son temps le controversé Tueurs-nés d'Oliver Stone. Il partage d'ailleurs avec ce dernier un goût prononcé pour l'humour noir de noir et une mise en images pas du tout politiquement corrects. Et il est vrai que certaines scènes sont difficiles à supporter. Qui a dit que Tarantino était un enfant de chœur ?

KIll Bill10

Nonobstant cette mise en garde, il nous faut ici vous expliquer pourquoi nous avons rejoint sans réserve le clan des pour. Kill Bill, c'est le condensé de 35 ans d'un certain cinéma d'action qui allait donner l'envie à l'enfant Tarantino non pas de devenir pompier ou policier, mais réalisateur. Et ce beau diable parvient à faire coexister deux genres qui a priori n'ont rien à faire ensemble : les vieux films de karaté des années 70 et les western spaghetti à la sauce Sergio Leone. Mieux, il crée un univers cohérent, une espèce de dessin animé interprété par des gens bien réels, mais, c'est une habitude tarantinienne, sans grande épaisseur psychologique.

Kill Bill 2
Les références du film sont nombreuses, délectables pour les cinéphiles, tout autant que les scènes de baston pour les amateurs de sensations fortes... et drôles. Sa narration, éclatée en cinq chapitres est somptueuse, tout comme le recours au manga pour expliquer le passé tumultueux d'O-Ren Ishii, ou la scène de boucherie dans la Maison aux Fleurs Bleues, ponctuée par un combat aérien en ombres chinoises de toute beauté (depuis la robe blanche maculée de sang de Bonnie, il est un fait acquis que la violence est extrêmement cinématographique)... le tout porté par une bande son soignée aux petits oignons, elle aussi synthèse de "l'homme à l'harmonica" vengeur et de groupe électro japonais.

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Fou de ciné, Tarantino joue avec la pellicule, s'amuse comme un gosse, nous fait plaisir, passe au noir et blanc d'un seul clignement d'yeux de son héroïne, accumule les poncifs pour les élever au rang de chefs-d'œuvre du genre. Sa mise en scène est magistrale, inventive, à la limite de l'hystérie; le jeu d'Uma Thurman, fantastique en clone féminin du Bruce Lee du Jeu de la mort. Sa détermination et son insolente beauté sont de vrais souvenirs de cinéma.

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Fan, le réalisateur américain l'est jusqu'au bout de la pellicule, et parfois il confond citation-hommage et pillage, comme dans sa reprise quasi plan par plan de la dernière scène de Pulsions de De Palma.

Qu'à cela ne tienne, avec Kill Bill, Quentin Tarantino a voulu faire le film dont il a toujours rêvé... Et il y est parvenu.

 Thierry Van Wayenbergh in Les Fiches Belges du Cinéma, 2003

00:39 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tarantino, kill bill |  Facebook |

02/11/2007

Hymne à (la fille de) la joie, version Blier

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Mon homme, Bertrand Blier, 1995, **** 

Marie attend les hommes, au détour d'un passage coquin à Paris. Elle donne tout; c'est une pute heureuse. Sa petite alcôve au haut d'un escalier que gravissent, à bout de souffle, ses clients plus âgés, elle l'a aménagée pour les plaisirs de chacun : les toilettes, pour un pipi mutin devant Jacques François ou encore une armoire secrète, pour chatouiller la libido fatiguée de Galabru.

Sa vie prend une claque du Destin lorsqu'elle tire un jour un pauvre clodo des poubelles :  c'est le coup de foudre ! Marie qui désirait les hommes en général en aime à présent un en particulier. Elle l'a dans la peau. Comme mec et comme mac. Le bonheur.

Seulement le doux Jésus se mue bien vite en un perfide Judas: l'ennui aidant, il s'entiche d'une autre poule, Sanguine, une manucure nunuche qu'il se met en tête de faire également "travailler" pour lui...

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(inspiré des Amoureux de Paname de Renaud)

Écoutez-le, vous les ringards

Croque-mitaines en p'tits costards

Ce film-là crache sur les mous

Et il le chante rien que pour vous

Marie la pute, c'est son emblème

Sa douce réponse aux p'tits problèmes

Jeannot l'clodo, le mac à Dame

Aimé trop fort par cett' bonne âme

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Blier choisit la différence

Celle des rej'tons de la malchance

Sous ses mots crus, ouais c'est d'l'amour

Des marginaux 'l est l'troubadour

Des marginaux 'l'est l'troubadour

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Un Gorecki messianique,

Accouplement quasi mystique

La bonne morale en prend un coup

Jeannot Lapin tire son coup

La pute est là, gratuitement,

Devient l'esclave de son amant

Fille de joie, tu dois trinquer

C'est le bonheur qui t'a plaquée !

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Tous des salauds, tous des maqu'reaux

Viens chez les femmes, c'est bien plus beau

Semble nous dire l'anti-bourgeois

Amoureux de sa fille de joie

Anouk Grinberg, Gérard Lanvin

S'aiment, se déchirent et s'aiment enfin

Le long d'un film qui a des couilles

Et qui secoue ceux qu'ont la trouille

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Mon homme, c'est une réussite

Un mot d'amour qui se visite

Venez donc voir cett' ritournelle

Qu'il a écrite rien que pour Elle

Qu'il a écrite rien que pour Elle

 

Thierry Van Wayenbergh

 

18:49 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Échappements libres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mon homme, blier, lanvin |  Facebook |