03/07/2007

Porno so(f)t

anato1Anatomie de l'enfer, drame, 2004, adultes, *
 La chaleur moite d'une boîte gay. La musique techno bat son rythme, tandis que les corps s'abandonnent. Elle a frôlé son bras. Il la rejoint aux toilettes. Après avoir tenté de se suicider, elle lui propose un étrange marché. Contre rétribution, pendant quatre nuits, il devra la regarder "par là où elle n'est pas regardable"...  
 
Le film s'ouvre sur une scène des plus explicites : une petite fellation entre amis.

Catherine Breillat, visiblement séduite, poursuit sa Romance avec Rocco Siffredi, que tout le monde connaît, mais avouer l'avoir vu replongerait à coup sûr l'auteur de ce terrible coming out dans la honte de son adolescence et de la découverte de son sexe.

rocco
C'est précisément pour cela qu'on l'aime, Breillat, parce qu'elle vient gratter le vernis social dont on s'est recouvert par conformité imbécile et aveugle à la norme.

Elle offre le corps de Casar - véritable œuvre picturale - en pâture à un homme qui aime les hommes. Il la regarde, pénètre la chair blanche, pleure de honte, boit une infusion très spéciale.

Casar
Breillat filme bien son propos, mais l'expose de façon confuse, se contentant d'aligner quelques saynètes choc qui n'ont in fine rien de choquant. Parce que, tant qu'à être courageuse, elle aurait pu aller au bout de ses intentions. Car en fin de compte, qu'apprend-t-on au détour de ce huis clos ?Pas grand-chose. Que Rocco joue comme un manche, sauf dans une très belle scène.Que Breillat aime les femmes à la peau blanche couchées sur le flanc.Qu'elle n'aime pas les hommes qui les désirent, parce qu'ils les transforment, d'un simple regard, en choses obscènes, sales, indignes.Que ce faisant, ils ont depuis toujours érigé autour d'elles des prisons dorées - religion, morale, politique... sexe - pour disent-ils, protéger les femmes. Et selon Breillat, si les mâles ont élevé ces murs de la honte, c'est parce qu'ils ont peur d'elles, de leur liberté, de leur entre-jambes, de leur sang. Elle n'a pas franchement tort.Mais que la démonstration est laborieuse !Voyage au centre de la chair, Anatomie de l’enfer est un film paradoxalement désincarné, glacé, dénué de tout soupçon d'humanité et lourd à en faire rire de références poético-christiques... Une réalisation indigne de l'intelligence de son auteur.  Thierry Van Wayenbergh

16:57 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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