30/05/2007

Le cinéma populaire est mort, vive le cinéma d'auteur!

Palmarès

Voilà.

 

La Quinzaine... enfin, la douzaine est pliée. Démontée, époussetée, empaquetée, remisée. Laissant comme toutes les vacances des souvenirs amers, émus, poétiques, des noms sur le sable ressassés mille fois par la Grande Bleue, oubliés éternels. En effet, combien de temps de vie pour Cristian Mungiu dans les salles obscures de notre si surréaliste Belgique une fois sorti de son cocon cannois ? Certainement pas 4 mois, 3 semaines et 2 jours...

 

Car c'est bien connu, l'or des Palmes ne résiste pas au désir d'évasion du grand public. Pas plus que les atours chatoyants de princes des toiles, les grosses berlines, les ray-ban arrogantes, les poses de précieuses ridicules, le champagne, les crépitements de flashs, le strass et les paillettes, le tapis rouge enfin, à l'état de délabrement de notre pauvre monde.

 

Dans ce jeu de miroirs, ce furent Delon et sa broche scintillante formant le mot "STAR" les plus en phase avec ce douloureux paradoxe cannois. L'acteur, dans son refus obstiné de tomber dans l'oubli comme le commun des mortels, rappelant pour la remise du Prix d’interprétation féminine la sublime Romy du royaume des ombres avec une trombine pliée, démontée, époussetée, empaquetée, bref, prête à être remisée, s’est montré pathétique et en fin de compte joliment humain. 

 

« Humain », tel a été en effet le fil rouge des films se répondant de loin en loin, projetés à Cannes cette année. Qu'ont-ils raconté, en ce soixantième anniversaire, les longs métrages en compétition officielle ? Précisément ce que le spectateur lambda et Delon ne veulent plus voir : un instantané de leur vie de tous les jours, dans tout ce qu'elle présente de plus misérable et sublime à la fois, mais aussi son pourrissement, sa fin inéluctable. Avec une violence toute tarantinesque ou avec la douceur radicale de Naomi Kawase. Tant pis pour Delon et le lambda, Frears avait prévenu dès l'entame qu'il était grand temps d'en finir une fois pour toute avec le cinéma pop-corn qui nous bouche tant la vue !

 

Ainsi, en choisissant de mettre en valeur une génération montante de jeunes auteurs de pays émergeants (Marjanne Satrapi, Naomi Kawase, Fatih Akin...), le très Britannique président du Jury a sacrément séduit le cinéphile que nous sommes. Mais il a aussi désappointé le fou de cinéma qui sommeille en nous. Pourquoi donc avoir délibérément laissé de côté dans ce palmarès la vitalité retrouvée des frères Coen et leur No country for old men ou encore l’opus noir d’encre de James Gray, We own the night ? L’épuré Zodiac de Fincher le prédestinait  au Prix de la Mise en scène. Mais lui aussi a fini aux oubliettes…

 

Bourrée d’humanité, vibrante, universelle, la cuvée 2007 avait de quoi jeter un pont, mieux, de pacser, au moins pour quelques jours, le cinéma d’auteur et le ‘’cinoche populaire’’, trop souvent posés en frères ennemis par d’habiles et prétentieux théoriciens qui, croyant le servir, tendent leur main gauche en plein dans la face de notre bon vieux 7e art. 

S’ils continuent de refuser l'évidence, à savoir que c'est de la fusion des genres que naîtra le salut du cinéma, il finira plié, démonté, épousseté, empaqueté.

Remisé...

 

Thierry Van Wayenbergh

 

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