20/05/2007

Mou 68

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The Dreamers, drame de mœurs, 2003, AGA, *

 

Paris, 1968. Isabelle fait la connaissance de Matthew, un Américain venu étudier le cinéma en France. Elle le présente à son frère Théo, un activiste des manifestations estudiantines. Le courant passe, et le frère et la sœur profitent du départ de leurs parents pour inviter Matthew à la maison. L’Américain est séduit, mais bientôt les étranges relations qui unissent Théo et Isabelle le mettent mal à l'aise.

 

Bernardo Bertolucci replonge dans le Paris de sa jeunesse, au moment même de l'éviction de Langlois de la Cinémathèque. Les Innocents mêle les images d'archives des mouvements de colère d'un cinéma en pleine crise avec son petit trio d'étudiants, d'emblée posés comme des JULES ET JIM "modernes", en hommage à la Nouvelle Vague, cinéma de protestation face aux idéaux bourgeois, ainsi de la révolte qui grondait dans la capitale française, en ce joli mois de mai 68.

 

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Un début prometteur, comme la beauté époustouflante d'Eva Green, l'actrice principale, fleur quasi-inconnue, qui tient autant du charme vénéneux de la vamp sensuelle et perverse que de l'innocence éperdue de la jeune vierge, le rose aux joues.

Soyons clair : sans elle, le film de Bertolucci n'aurait rien à dire. Envoûtante, elle l'est assurément. Tant et si bien que l'objectif du réalisateur italien, devenu aussi gauchiste que la gauche caviar contemporaine, tire la langue comme le loup de Tex Avery et lui bredouille... gauchement les fantasmes que l'Eva naissante lui inspire.

 

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Dès lors, on assiste à un changement brusque de cap, si l'on peut dire, la caméra de l'auteur de 1900 prend ses quartiers dans la vaste demeure bourgeoise, s'assoit poliment sur le joli canapé d'époque et témoigne d'un jeu pas innocent initié par la fausse ingénue, sur base de questions-gages relatives aux classiques du 7e Art.

Tout cela est policé, froid, distant, sans âme, et bien qu’exhibée… sans chair. Pendant les trois-quarts du film on a droit à trois gravures de mode qui prennent la pose, fument, boivent, jouent à touche-pipi et dissertent avec prétention sur la guerre du Vietnam, la révolte des masses prolétaires, bien à l'abri des bombes et des pavés.

 

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L'occasion pour Bertolucci de ressasser certaines de ses obsessions, comme l'inceste, mais au détour d'un érotisme de pacotille, loin, très loin de son Dernier tango à Paris.

 

Thierry Van Wayenbergh

 

 

15:24 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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