11/05/2007

Un Seven au pays du Matin Calme

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Memories of murder, thriller, 2004, AD, ***

 

1986, dans un petit village de Corée du Sud. Un ignoble serial killer bat la campagne. Les victimes – toutes des femmes vêtues de rouge – sont tuées par jour de pluie, après la dédicace à la radio locale d’un même air connu par l’assassin. Les interrogatoires musclés se succèdent mais l’enquête piétine. L’affaire se complique lorsqu’un policier de la ville vient se mêler des affaires locales…

 

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Ce thriller qui a des allures de thriller s’en démarque à bien des points de vue…

L’accent est mis sur les enquêteurs, qui ne sont pas de géniaux profileurs comme les flics américains de cinéma. Disposant de moyens dérisoires, ils sont plutôt tout le contraire. Un des policiers a d’ailleurs une fâcheuse tendance à laisser traîner sa chaussure dans la figure de ceux qu’il interroge. Méthodes expéditives, cruelles parfois, pour obtenir la vérité, quelle qu’elle soit.

Si ces flics des campagnes ne semblent pas s’intéresser à la psychologie du tueur qu’ils pourchassent, le policier de la ville laissera de côté lui aussi l’approche intellectuelle au profit de la baston pour obtenir des renseignements. Phagocyté par le monde qui l’entoure, comme la gangrène qui s’étend sur la jambe du tortionnaire. Ou celle qui paralyse l’enquête lorsque l’ensemble des forces de l’ordre a été recruté pour mater une manifestation d’étudiants pacifistes.

 

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Si son image naturaliste n’a rien à voir avec le décor poisseux de SEVEN, elle est pourtant éprouvante. Car le constat est froid, sec, sans appel, édifiant. L’enquête se fige, comme le système entier, bureaucratique et poussiéreux. Et l’on comprend bien où Bong Joon-Ho veut nous mener, mais on ne peut souscrire à ce qu’il entend nous démontrer, à savoir que la violence extrême de ces policiers est la conséquence directe et inéluctable de la « dictature douce »… et violemment castratrice qui existait en Corée du Sud à l’époque où il débute son histoire.

Refusant obstinément de juger ses protagonistes, quand bien même il les présente sous des dehors peu glorieux, cet excellent thriller teinté d’humour noir nie la liberté individuelle, celle qui, piétinée ou écartelée par le « système », a toujours le pouvoir de dire « non ». Ne l’oublions pas.

 

19:25 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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