22/04/2007

Mort d'un gentleman acteur à 74 ans

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Discret, élégant, travailleur acharné, le jeu d’acteur aussi léger qu’un pas de danse, Jean-Pierre Cassel a fait son dernier tour de claquettes devant la caméra de notre compatriote Alain Berliner dans J’aurais voulu être un danseur. Il s’en est allé à jamais sur la pointe des pieds. A sa manière. Discrètement.

 

Ça doit être la fête, là-haut, avec ses idoles de toujours, Astaire ou Gene Kelly, avec lequel il doit virevolter comme du temps où ils se rencontrèrent à Saint-Germain-des-Prés.

On le voit d’ici, l’œil bleu teinté d’ironie, glisser sous des volutes de havane de Serge, et y emmener Françoise Dorléac, sa passion de toujours, pour exécuter un pas de danse coquin, signe de retrouvailles enfiévrées. « On s’est connus trop tôt », regretta-t-il longtemps au sujet de la sœur de Catherine Deneuve.

 

Adieu, comédien dandy, aussi à l’aise dans le polar que la comédie ou le drame.

Avec, toujours, cette légèreté caractéristique, héritée de l’après-guerre, de ce temps retrouvé où l’on ne marchait pas, on flânait dans le boulevard Saint-Germain, un air léger en bouche.

 

Cassel était de la race des vrais, des humbles. De ceux qui ne parlaient pas plus d’eux-mêmes que des étoiles qu’ils avaient tutoyées. D’une discrétion telle que pour les plus jeunes, il n’avait sans doute rien fait d’autre que de donner la vie au magnétique Vincent Cassel. En 1995, date de sortie de La Haine, il avait pourtant déjà 40 ans de carrière dans les pattes !

 

Après sa rencontre improbable avec Gene Kelly pour lequel il fit une apparition non créditée dans The Happy Road, Jean-Pierre, né Crochon le 27 octobre 1932 d’un père médecin et d’une mère cantatrice, se fait remarquer au théâtre par Philippe de Broca. Le cinéma lui ouvre les bras en souriant, à travers une série de comédies.

Capable de tout jouer, il est sollicité par les plus grands, Gance, Renoir, Chabrol, Buñuel, mais aussi Attenborough, Losey et Altman.

Dans les années 60-70, il est au générique de quelques monuments du 7e art : L’Armée des ombres, Le Charme discret de la bourgeoisie. Il est aussi l’ ‘’ours’’ de la poupée Bardot.

 

Fasciné par l’école anglo-saxonne et boulimique de travail, le comédien formé au cours Simon passe avec une facilité déconcertante des plateaux de cinéma au théâtre, et des studios de télévision (il apparaît dans des clips de France Gall, danse et chante du Gainsbourg) au music-hall, où il interprète les standards de Gershwin et Cole Porter… A la fin des années 70, la tournée du spectacle Chorus Line, de Michael Bennett, l’emmène à Londres, Los Angeles, New-York, Toronto. Consécration rare pour un Français.

 

Après un petit passage à vide sur les grands écrans durant les années 80-90, c’est à nouveau le passage avide au cinéma : Cassel enchaîne les tournages, répond aux appels du pied de la jeune génération (on le voit dans Les Rivières pourpres, Narco, Virgil…), comme pour faire la nique au temps qui passe. On a beau le voir clouer sur place le solide Roschdy Zem lors d’une irrésistible balade à vélo dans Mauvaise foi, on sent le comédien fatigué. Depuis quelques années, il lutte contre une saleté de crabe qui lui bouffe le corps, et le combat est inégal.

 

Fou de son métier et animé d’un plaisir réel de jouer, l’acteur chanteur parviendra encore à écrire ses ‘’mémoires’’, À mes amours (chez Stock) a mes amoursjoliment préfacées par son fiston, de jouer un magnifique salaud dans Bunker Paradise et de tourner une bonne demi-douzaine de films (il sera en compétition officielle à Cannes avec Le Scaphandre et le papillon, puis endossera la tunique de Panoramix dans Astérix aux Jeux Olympiques), avant de tirer sa révérence, dans la nuit du jeudi 19 avril, avec l’élégance d’un merveilleux fou dansant.

 

Adieu, l’artiste !

 

Thierry Van Wayenbergh

00:27 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Tableau noir | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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