12/04/2007

Un mélange à la campagne

Peindre ouPeindre ou faire l'amour, comédie de mœurs, 2005, adulescents ***

Quinqua sur la touche, William vit avec Madeleine, dans une ville au pied des Alpes. Leur fille a quitté le giron familial. William a anticipé sa retraite à Météo France. Un jour, alors qu’elle a installé son chevalet devant une superbe bâtisse dans les collines environnantes, Madeleine fait une rencontre inattendue : Adam, quadra séduisant, cultivé et aveugle qui entreprend de lui faire visiter la demeure qu’elle peint. Peu de temps après, William et Madeleine achètent la bâtisse et se rapprochent inexorablement de leurs voisins, Adam et Eva, sa jeune et jolie compagne…

Second long métrage des frères Larrieu, Peindre ou faire l’amour a laissé fondre dans la bouche des spectateurs et critiques du Festival de Cannes 2005 un joli goût de liberté et de frivolité. Culotté dans son approche sans fards de la sexualité d'un couple de quinquas ordinaires, Peindre… s'encanaille au gré d'un scénario truffé de trouvailles exquises, aussi imprévisible qu'un bulletin météo, et qui titille le spectateur juste là où ça fait mouche. Mais avec quelle finesse, quelle intelligence, quelle inventivité !

On est constamment sous le charme du couple formé par Auteuil et Azéma (impeccables jusque dans leurs non-dits), qui finit par succomber à la tentation incarnée par Adam et Eva (!), de Sergi Lopez, formidable en maire aveugle ondoyant, murmurant, finaud, guide sensuel pas innocent, flanqué d'une Amira Casar complice et fausse ingénue troublante.

Quête du (des) sens, le cinéma des Larrieu se goûte avec délice, se partage aussi, à plusieurs. Pas question de laisser le spectateur se dépêtrer seul avec ses peurs et ses fantasmes. On l'invite à participer à une expérience sensorielle hors du commun dans les bois noirs. Pas de celle que vous pensez, coquins, mais qui lui reste longtemps chevillée au corps. Rarement une salle obscure aura battu au même rythme cardiaque, le temps de cette traversée allégorique vers le passage à l'acte.

Les Larrieu font éclater la barrière invisible que d'aucuns ont toujours rêvé franchir, entre le "moi-spectateur" et le "moi-personnage" à l'écran. Ils ont compris que le cinéma ne doit pas être un plaisir solitaire. Et comme ils aiment ça, de nous tripoter le bas-ventre, ils en rajoutent et nous chatouillent les zygomatiques avec des situations délicieusement décalées, serties dans de jolis tableaux impressionnistes.

Allez, personne ne nous regarde : "Encore !"

Thierry Van Wayenbergh

 

21:41 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Je suis désolée Thomas, mais j'avais trouvé ce film très prétentieux et les états d'âmes sexcuels de ces quinquas m'ont ennuyée. Je n'ai rien contre le sujet mais à justement je trouve qu'Auteuil, en particulier n'est pas à l'aise dans cette histoire d'échangisme.

Écrit par : dasola | 01/04/2008

Délicieuse écriture Peut-être ne regarderai-je jamais ce film. Mais,
à présent, il possible que je le choisisse si jamais je ne trouvais rien de mieux à voir car vous avez réussi à m'ouvrir l'appétit par ces descriptions poétiques.
Vos lignes sont un vrai régal. Ecrivez des histoires!

Écrit par : Lila Boom | 05/10/2008

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