12/04/2007

Cocteau et le cinéma

Cocteau et le ciné

Cocteau et le cinéma, Désordres

par Philippe Azoury et Jean-Marc Lalanne

 

Pour fêter le quarantième anniversaire de la mort du cinéaste, écrivain, peintre et avant tout poète, Jean Cocteau, les Cahiers du Cinéma éditent avec le Centre Pompidou, un ouvrage érudit, qui parle de la vie de Cocteau, mais qui n'a rien d'une biographie, de ses films les plus importants (les siens bien sûr mais aussi ceux des autres), de ses rencontres, notamment avec Chaplin, une de ses idoles, mais sans le moindre cachet "people", de ses angoisses, sa fatigue paradoxalement créatrice, de ses préférences sexuelles, sans la moindre grivoiserie.

 

Un livre foisonnant, à l'iconographie riche, puisée dans les fonds d'archives de cet enfant terrible du cinéma, où l'on retrouve dans une espèce de désordre organisé des dessins, des extraits de correspondance, des photos de tournage, comme des instantanés entre illusion et réalité, des manuscrits, un morceau du journal du film La Belle et la Bête, quelques réflexions et autres photogrammes... la Beauté, et le Temps, comme indéfiniment suspendu.

 

Les auteurs tentent de mettre de l'ordre dans une œuvre indissociable de son auteur, mais qui, comme lui, « n'a pas de ligne droite ». La personnalité complexe, protéiforme de Cocteau donne toute sa singularité à ce livre que l'on peut dès lors qualifier d'essai, et qui déborde de son propos et de ses pages, tant le sujet est insaisissable, adolescent éternel, ainsi de ses images en perpétuel mouvement.

 

En guise de préambule, Philippe Azoury et Jean-Marc Lalanne lancent d'ailleurs cet avertissement, de la bouche même du "maître", à la fois clin d'œil admiratif à l'œuvre coctalienne et excuse au lecteur pour la chose complexe qu'il tient entre les mains : « Mon œuvre est un objet difficile à ramasser ».

Homme et œuvre qu'ils essaient de "ramasser" en quatre chapitres distincts, afin d'un tant soit peu les cerner : l'avertissement, donc, puis une partie consacrée à l'analyse fouillée de films majeurs de Cocteau, une autre au cinéma (à la lueur de la théorie qui se brise sur les berges du rêve) et la rencontre de monstres sacrés comme Eisenstein, et, avant de clore par une filmographie quasi exhaustive, la présentation de quelques fils spirituels, ses "enfants terribles" à lui, parmi lesquels Truffaut, Assayas, Carax et bien d'autres encore.

 

Et, pour prouver que Cocteau et son œuvre sont toujours bien vivants, laissons justement à Carax le mot de la fin, à travers un dialogue de Mauvais sang :

- « L'homme là-bas avec des cheveux blancs, c'est pas Jean Cocteau, le poète ? »

- « Jean Cocteau est mort »

- « Mais non, regarde, il bouge ! »

 

Thierry Van Wayenbergh

03:35 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans A la page | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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