12/04/2007

 Chili con charme

Machuca Machuca, drame, tous, 2005 ***

Chili 1973. Gonzalo, 11 ans, timide comme un ado rouquin, fréquente les beaux quartiers en rase-mottes et sert d'alibi à sa mère adultère.Sa vie change lorsque le père Mac Enroe, directeur de son collège catholique huppé, décide d'intégrer dans l'établissement des enfants de milieu défavorisé. Idéaliste, il veut apprendre à tous la tolérance et le respect alors que le climat politique et social se détériore dans le pays. Une amitié profonde naît entre Gonzalo et Machuca, gamin des bidonvilles. Ensemble, les deux garçons vont partager le même amour, des rêves de justice et une méfiance de l'ordre établi...

Machuca est un joli film initiatique piqué de références truffaldiennes par un réalisateur qui connaît son pays et le cinéma. Non seulement Andrés Wood capte de façon très originale un Chili phagocyté par Pinochet et ses sbires à travers des yeux d'enfants, mais il parvient à témoigner avec justesse d'un phénomène universel par excellence : la difficulté quasi surhumaine de vivre dans la peau d'un adolescent.

Wood compose avec un subtil équilibre entre ces deux mondes en plein chambardement à travers l'histoire de son petit antihéros perclus d'aspirations contradictoires, tout doucement sur le chemin de l'adulte qu'il deviendra.Sur la route, il fera son apprentissage politique, franchissant allègrement les frontières sociales, le temps d'une amitié avec Machuca, le garçon des bidonvilles. Ça rapproche inévitablement d'être exclu : l'un, de sa famille dont il ne partage pas les idéaux bourgeois, l'autre, parce qu'il est pauvre.

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Jamais didactique et encore moins démonstratif, ce drame est parcouru de beaux moments poétiques, comme l'éveil sexuel de ces petits Jules et Jim au beau milieu d'un pays qui se déchire, et de passages fort drôles aussi, dont un des points d'orgue est la marche anti-Allende de bourgeoises maquillées comme des revues de salon.

Wood nous entraîne sans forcer, avec l'aide de ses trois jeunes interprètes, tous parfaits, au gré d'une histoire passionnante, balançant entre émotion prenante et sourire.

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Et, lorsque la Grande Histoire a contaminé l'innocence enfantine après avoir repris ses droits avec fracas, le constat pessimiste que l'humain a encore du chemin à faire pour devenir un Homme.

Thierry Van Wayenbergh

 

 

18:36 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ados ration | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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