29/03/2007

 Festival du Film Fantastique de Bruxelles : clap 25

BIFFF

25 ans déjà qu'il sévit.

Le monstre a bien grandi. Tant et si mal qu'il a dû se frayer un passage (44) vers le site de Tour et Taxis. 

Pour vous donner une petite idée du menu sanguinolent du Festival du Film Fantastique 2007, cliquez sur www.bifff.org , et hurlez avec nous, toutes canines dehors : "Le BIFFF est mort... vive le BIFFF !"

Th. V.W.

 

22:03 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Festivals | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

 Blier, à nouveau l'oeil lubrique et le coeur amoureux

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Combien tu m’aimes ?, comédie dramatique, 2005,  - 16 ans, ***

 

Pigalle. D’un côté de la vitre, il y a François. De l’autre, c’est Elle. Une pute qui n’a rien à voir avec « les petites femmes de Pigalle ». Elle est belle comme un rêve éveillé. Pas un homme ne passe sans s’arrêter. Sous le charme. Cloué, médusé. Vampirisé. Cette fois, François a décidé de franchir le pas. Il entre et lui dit qu’il a gagné au loto, puis lui propose de devenir sa femme. « Combien tu prends pour ça ? »

Elle accepte aussitôt. Et François continue de vivre son rêve éveillé. Seulement elle n’est pas vraiment seule. On ne quitte pas comme ça Charly et le monde de la nuit…

 

Il y a mis le temps, Blier, mais cette fois il y est arrivé. Une paie que l’on attendait ça : Blier qui refait du Blier. Et l’on se sent à nouveau amoureux. Combien  Bertrand ? Beaucoup.

Car son cinéma, c’est celui des putes, des mecs largués, des bons mots, de la douceur sous les pavés battus par des talons aiguilles qui se ramassent parfois entre les rayures.

On disait de ses films qu’ils avaient mal vieilli, que notre époque mal dégrossie se fichait de la poésie de la rue. Fini, Blier, jeté en pâture aux marchands de comédies pop-corn qui squattent ses rêves depuis trop longtemps. Et le voilà de nouveau, la pipe à la bouche, l’œil un brin lubrique et le cœur amoureux.

 

combien tu

 

Faut dire, on a tous le palpitant trop fragile comme Bernard Campan (parfait en émois contenus d’adolescent) pour oser séduire la sublissime Monica Bellucci. Et elle joue le jeu, Madame Vincent Cassel ! Il lui fallait un cinéaste qui sache la regarder pour la libérer de son statut d’icône glaciale, plantée dans des poses arrogantes, trop distante pour être vraiment glamour ou même véritablement belle. Gageons que l’actrice italienne ne s’est pas encore rendue compte du cadeau que lui a fait Blier, un type souvent porté au pilori pour sa soi-disant misogynie, alors qu’il aime les femmes comme très peu de réalisateurs. Et peut-être comme peu d’hommes.

Est-ce à dire que le Blier des Valseuses se serait ramolli ? Pas du tout.  Il suffit pour s’en rendre compte d’admirer le jeu d’un Depardieu retrouvé qui ressort du coffre qu’il a fameux, la musique des mots de Bertrand, sans la moindre fausse note. Des mots provocateurs qui montrent combien les hommes peuvent parfois être de sales personnages parce qu’ils ne savent que gueuler pour prouver aux femmes leur supériorité supposée. Mais Blier les respecte. Il sait que nous les mecs on est rustres, un peu sauvages, parfois calculateurs, mais qu’on essaie d’aimer comme on peut.

Car dans ce film décalé que les esprits trop cartésiens auront un peu de mal à « digérer », il est surtout question d’amour. Et de beauté. De la beauté onirique du monde de Blier, de sa somptueuse photographie, des airs d’opéra qui imprègnent la pellicule. Et de Bellucci, actrice enfin libérée de sa chrysalide qui assume son corps de femme dans un beau film d’homme(s).

 

Th V.W.

 

01:37 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

 Duris/Blier Junior : association de bienfaiteurs (1)

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Jacques Audiard, pour De battre mon cœur s’est arrêté.

 

En quatre films, Jacques Audiard s’est imposé comme le chef de file d’un cinéma français différent. Un cinéma d’artisans qu’il affectionne particulièrement, de ceux pour lesquels un film est un enfantement douloureux mais aussi et surtout des images en mouvement qui laissent un champ infini de possibles au spectateur.

Comme dans son précédent Sur mes lèvres, le nouvel opus d’Audiard prend ses quartiers dans les milieux de l’immobilier véreux. Et comme toujours dans son cinéma, il est question de rédemption et du rapport au père. C’est plus vrai que jamais avec ce personnage de Tom, partagé entre ses gènes paternels violents et ses aspirations artistiques.

Avec De battre mon cœur s’est arrêté , Jacques Audiard révèle un Duris exceptionnel, entre animal et homme, toujours sur le fil de la rupture, où il pose précisément l’œil nerveux de sa caméra, actrice sensuelle et narratrice sensitive.

Du cinéma pur et brut, du cinéma que l’on ne peut aimer, forcément, que passionnément…

 

Rencontre dans un bar parisien chic avec un « fils à papa » qui a cessé de l’être dès qu’il s’est mis à faire de l’art.

 

- Vous vous destiniez au professorat… On ne peut rien contre ses gènes ?

Non.  Où il y a du gène, il y a du plaisir. Vous savez, je ne me pose plus vraiment cette question.

 

-  De battre…  est-il votre film le plus personnel ?

Ça je n’en sais rien. On me l’a déjà dit. C’est sans doute fondé. Ça fait partie des clous que j’enfonce. Peut-être qu’on me le dit autant parce que c’est la première fois dans un de mes films que j’aborde la relation père-fils de manière aussi frontale. Moi je trouve que c’est un sujet universel, et tant que les pères feront des fils, cela existera.

Mais en ce qui me concerne, ça n’a rien à voir avec ma vie. L’histoire de De battre…  se situe dans l’anecdotique. Ça ne correspond en rien à ce que j’ai vécu, désolé. J’ai eu des rapports simples, normaux avec mon père… quand il était là.

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Cependant, c’est vrai que si mes rapports avec mon père n’étaient pas du tout conflictuels, c’est aussi parce que j’étais un cannibale. En tant que cadet, j’avais ma vie à construire. Je devais la gagner.

 

- Duris est exceptionnel dans ce rôle d’anti-héros en intranquillité permanente, coincé entre le monde dans lequel il croupit et celui auquel il aspire. Qu’est-ce qui a poussé votre choix sur lui ?

Romain Duris fait partie de ces acteurs très sensuels qui me donnent envie de faire du cinéma. J’ai vu ses films, et à l’âge qu’il a aujourd’hui, il était à un tournant de sa vie d’acteur, comme Tom, son personnage.

J’adore ces types poilus, virils, sexuellement chargés comme Romain et qui ont cette part de féminité en eux. C’est un peu comme Niels, la figure du père. Il y a chez lui quelque chose de très ambigu, c’est un type d’ogre viril au masculin qui s’exprime avec la voix fluette d’une mère. Le père de Tom est un type qui a développé des chemins d’amour particuliers pour son fils…

 

- Comment l’avez-vous dirigé ?

Simplement en fonction de ce que son physique exprime. Par rapport à ce qui émane de lui, qui est aussi assez ambigu. Je l’ai dirigé pour qu’un nombre de contradictions soient possibles et surtout pas visibles.

 

­- Aure Atika, la mère absente, la répétitrice de piano… sont autant de personnages qui mènent Tom à la maturité, voire à son salut. Les femmes sont-elles seulement un marchepied servant de rite de passage pour le héros ou alors sont-elles pour vous le dernier optimisme de l’Homme ?

Là je ne suis pas d’accord.  De battre… n’est pas exclusivement un film masculin. Tom est quelqu’un qui n’a pas le temps. S’il réfléchit, devenir concertiste à 30 ans, c’est proprement inconcevable. C’est dans ce déséquilibre que tout à coup vont apparaître des figures féminines qui passent dans la vie de Tom, mais ne peuvent pas ralentir sa marche. Il ne peut à aucun moment se poser, sinon son histoire s’arrête. Mais ces femmes vont progressivement ouvrir la part de féminité qu’il a en lui. Le calme sain de la fatigue, et pas la peur blanche de vivre, c’est chez Miao Lin qu’il va le trouver.

Pour moi, il n’y a rien de plus répugnant au monde que cette société virile qui commence dans les cours de récréation et se poursuit au service militaire, puis dans le monde du travail. C’est un repoussoir absolu. Ce que j’aime dans le personnage de Tom, c’est que voilà un homme qui accepte cette part de féminité qui entre en lui et le « dévirilise ». Quant au « dernier optimisme de l’Homme », non ! L’Homme est l’avenir de l’Homme, si tant est que l’on peut polir cette arrogance typiquement masculine…

 

Propos recueillis par Thierry Van Wayenbergh

 

 

00:55 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |