26/03/2007

 Un père et passe

dont come..

 

Don’t come knocking, drame psychologique, 2005, ados, ***

 

Star de western vieillissante, Howard Spence quitte à bride abatture le plateau de tournage de son dernier film. Depuis longtemps déjà, il vit en solitaire et noie son dégoût de lui-même dans l’alcool, les filles faciles, la drogue et quelques coups de poings. Mais lorsque sa mère lui apprend qu’il a peut-être un enfant quelque part, une lueur d’espoir renaît : sa vie n’a peut-être pas été aussi vide qu’il le pense…

 

Avec DON’T COME KNOCKING, Wim Wenders boucle la boucle entamée avec PARIS, TEXAS, vingt ans plus tôt.

Il ne s’agit plus ici de partager la conquête d’un Ouest rêvé car, à la soixantaine sonnante, le réalisateur allemand, toujours nostalgique, semble un peu plus résigné.

Le décor du film, personnage à part entière du récit, c’est donc celui de l’Ouest démythifié, d’une Amérique qui dégringole. Le reflet du miroir du héros du film, évidemment.

 

Bien qu’il se défende avoir fait un film sur un cow-boy moderne solitaire, Wenders donne à Howard Spence l’image archétypale du vieil héros de l’Ouest, fatigué de chevaucher seul, rêvant à retrouver ceux qu’il a laissés derrière lui pour donner un sens à son existence. Et à ce jeu, les traits burinés, la voix rauque, bagarreur et alcoolo fini à ses heures, Shepard la joue somptueusement bien en ‘’poor lonesome cow-boy’’ déglingué.

 

Mais venons-en au sujet principal de l’histoire: comme plusieurs films projetés à Cannes en 2005 (L’Enfant, Boken flowers…), Don’t come… est avant tout un récit sur la paternité, plus grave que le Jarmusch, mais qui comporte ses accents d’humour et un imaginaire particulièrement original (notamment à travers le personnage de Sarah Polley, sorte d’ange qui ne quitte pas une urne contenant les cendres de sa mère).

 

Avec Shepard au scénario,Wenders a retrouvé les ailes du désir de filmer. Certains lui reprochent de faire du Wenders. Mais c’est ce qu’il fait de mieux : un cinéma d’errance, de quête d’identité à travers des paysages sublimes… qui deviennent par la magie de ses cadrages des tableaux du peintre américain Edward Hopper.

 

Dans ce voyage du père, il y a aussi une mère. En une scène magique entre Shepard et Lange (tous deux magnifiques), le réalisateur dit l’essentiel sur les rapports hommes-femmes…

Amant et père démythifié, au bout du voyage, Spence ne sera plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre. Comme nous, dont il aura remis les évidences en question.

 

Le cinéma a aussi cette vertu, quand il est bien fait, celle de nous apprendre à devenir des êtres humains plus fréquentables. Merci, Wim.

 

Th. V.W.

 

05:21 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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