12/05/2007

A bas Bush ?

team america

Team America, police du monde, animation, 2005, ados, *

 

« Team America » est une unité d'élite qui se bat sous toutes les latitudes pour assurer notre sécurité. Apprenant qu'un dictateur mégalo s'apprête à livrer des armes de destruction massive à une organisation terroriste, le groupe se lance une fois de plus dans la bataille...

 

Pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore, Matt Stone et Trey Parker

Matt Stoneteam america4
sont deux sales gamins nés sous la bannière étoilée, et responsables, ou coupables, c'est selon, de la série animée iconoclaste et féroce South Park diffusée en un temps béni, en version originale sous-titrée, s’il vous plaît, par une chaîne à péage française.
 
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EIIdans South Park(Le suicide d'Elisabeth II  dans un épisode inspiré de 24h Chrono a créé le scandale dans la Perfide Albion!)

 Autant le dire tout de suite, pendant que leurs congénères et néanmoins voisins à l'école de cinéma de leur université du Colorado se gargarisaient de la Nouvelle Vague française et de films d'auteurs en veux-tu en...nuie-toi (c'est eux qui le disent !), ces deux-là ne rêvaient déjà que de mettre en scène, à leur manière, le monde tordu dans lequel nous évoluons.

Leur patte est entre mille reconnaissable : South Park, ou l'histoire des déboires scolaro- sentimentalo-amico-parentaux de Scartman, Cartman et le pauvre Kenny, était contée à l'aide d'une animation ultra-sommaire, presque enfantine, contrastant parfaitement avec les logorrhées ordurières et la violence, l'irrespect foncier de personnages mal dégrossis et pas, mais alors pas du tout politically correct. South Park devint dès lors une série culte, décriée par les ligues de vertus que Stone et Parker ridiculisaient ouvertement, et adorée par des adolescents trop tenus en laisse par une Amérique proprette...

Avec les années, Stone et Parker mettent bien plus d'application à coller leurs crottes de nez dans le dos de la "pensée unique". L'animation de leur Team America au look des Sentinelles de l’air est tout bonnement époustouflante.

 

Team America3

 

À la tête d'une quarantaine de marionnettistes qui parviennent à ne pas s'emmêler les fils dans d'extraordinaires scènes de foule baignées d'effets spéciaux à rendre vert de jalousie un Jerry Bruckheimer, les deux comparses sont devenus, le temps d'un film, de véritables ‘’puppets masters’’...

 

Team America2

 

Mais paradoxalement, cette excellence de l’emballage nuit au film. Le nihilisme crétin assumé des deux réalisateurs est bien en-deça d'un visuel extrêmement soigné. Le rire, accessible avant tout à un public gavé de culture ricaine, doit se frayer un passage dans ce décorum étouffant et, partant, devient forcé, sauf dans quelques scènes pas piquées des hannetons où tout le monde - les acteurs amis de la paix, les barbus, les dictateurs et les arrogantes troupes américaines - est mis dos à dos dans un jeu de massacre tonitruant d'une vulgarité consommée et franchement vivifiante.

Seulement nos deux lascars, épargnant au final un certain George Debbeliou et SA planète, ne poussent pas leur démonstration jusqu'au bout, et laissent planer, comme le Starship Troopers de Verhoeven en son temps, une ambiguïté dérangeante : parodie satirique d'une Amérique impérialiste et de ses films d'action ou exaltation guerrière ?

En refusant de trancher, Parker et Stone ont répondu à la question... malheureusement.

 

Thierry Van Wayenbergh

13:22 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ados ration | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/04/2007

 Conte maori

Paï3Whale Rider, conte, 2003, tous ***

Une légende maori dit que Païkea a voyagé sur le dos d'une baleine et a fondé son peuple sur les côtes de Nouvelle-Zélande. Depuis ces temps reculés, la tradition veut que le premier-né mâle de la lignée devienne le chef de la tribu. Et puis un jour, il n'y a pas si longtemps, la femme du chef est morte en couches, emportant avec elle un de ses jumeaux. Et Paï est née. C'était la fille...

 

Paï a traversé les océans pour venir nous raconter une légende. La légende de son peuple, les Maoris. L'histoire d'une adolescente que des circonstances particulières (la mort de son frère jumeau) ont posée comme descendante directe du premier chef de cette ethnie déjà évoquée au cinéma dans Once were warrior.

 

Dans le monde plein de vacarme brutal du roi divertissement qui nous picore l'imaginaire au lieu de le nourrir, Whale rider apparaît comme une bouffée d'air inespérée. Et nous redonne une part du "nous-mêmes" aspirée par des vampires mercantiles.

 

De son côté, loin de se faire le porte-drapeau du "bon sauvage", la réalisatrice nous montre que les mentalités sont étriquées, où que l'on niche sur le Globe. Ainsi, Paï est-elle confrontée au poids de la coutume (seuls les mâles peuvent prétendre à l'enseignement des guerriers maoris) et l'intransigeance d'un grand-père refusant l'évidence, mais qu'elle aime par-dessus tout. À son propre peuple aussi, qui, à l'image d'une jeunesse déboussolée se gaussant des légendes du passé, subit les dérives du monde "global".Tiraillée entre un père séduit par les sirènes du monde moderne et un grand-père assis jusqu'au dérisoire sur la tradition.

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Sa force, son courage, son abnégation exemplaires, imprégnés avec pudeur et détermination sur le visage d'un formidable petit bout d'actrice, nous entraînent bien au-delà de la "visite ethnologique" d'une tribu patriarcale secouée par l'exceptionnelle volonté d'une fillette.

 

Whale rider est un magnifique film universel qui, à l'aide de doux ressacs poétiques, nous entraîne au centre de nous-mêmes. Et nous montre combien il est important de nous rappeler de notre histoire.

 

Thierry Van Wayenbergh

 

                                                                               

14:43 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ados ration | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/04/2007

 Chili con charme

Machuca Machuca, drame, tous, 2005 ***

Chili 1973. Gonzalo, 11 ans, timide comme un ado rouquin, fréquente les beaux quartiers en rase-mottes et sert d'alibi à sa mère adultère.Sa vie change lorsque le père Mac Enroe, directeur de son collège catholique huppé, décide d'intégrer dans l'établissement des enfants de milieu défavorisé. Idéaliste, il veut apprendre à tous la tolérance et le respect alors que le climat politique et social se détériore dans le pays. Une amitié profonde naît entre Gonzalo et Machuca, gamin des bidonvilles. Ensemble, les deux garçons vont partager le même amour, des rêves de justice et une méfiance de l'ordre établi...

Machuca est un joli film initiatique piqué de références truffaldiennes par un réalisateur qui connaît son pays et le cinéma. Non seulement Andrés Wood capte de façon très originale un Chili phagocyté par Pinochet et ses sbires à travers des yeux d'enfants, mais il parvient à témoigner avec justesse d'un phénomène universel par excellence : la difficulté quasi surhumaine de vivre dans la peau d'un adolescent.

Wood compose avec un subtil équilibre entre ces deux mondes en plein chambardement à travers l'histoire de son petit antihéros perclus d'aspirations contradictoires, tout doucement sur le chemin de l'adulte qu'il deviendra.Sur la route, il fera son apprentissage politique, franchissant allègrement les frontières sociales, le temps d'une amitié avec Machuca, le garçon des bidonvilles. Ça rapproche inévitablement d'être exclu : l'un, de sa famille dont il ne partage pas les idéaux bourgeois, l'autre, parce qu'il est pauvre.

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Jamais didactique et encore moins démonstratif, ce drame est parcouru de beaux moments poétiques, comme l'éveil sexuel de ces petits Jules et Jim au beau milieu d'un pays qui se déchire, et de passages fort drôles aussi, dont un des points d'orgue est la marche anti-Allende de bourgeoises maquillées comme des revues de salon.

Wood nous entraîne sans forcer, avec l'aide de ses trois jeunes interprètes, tous parfaits, au gré d'une histoire passionnante, balançant entre émotion prenante et sourire.

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Et, lorsque la Grande Histoire a contaminé l'innocence enfantine après avoir repris ses droits avec fracas, le constat pessimiste que l'humain a encore du chemin à faire pour devenir un Homme.

Thierry Van Wayenbergh

 

 

18:36 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ados ration | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |