21/04/2009

Le dernier film du "petit dragon" : cas pas raté

Opération dragon

Opération dragon

De Robert Clouse (1973). Avec Bruce Lee, John Saxon.

Une compétition d'arts martiaux est organisée par un mystérieux Han, derrière lequel se cache un redoutable trafiquant de drogue. Lee, agent de renseignements occidental et spécialiste de kung-fu, tente de démanteler l'organisation criminelle (synopsis Allociné).

Outre ses ressemblances avec James Bond contre le Dr No - le savant mégalomane, l’île-forteresse parcourue de souterrains et laboratoires… le chat angora blanc! -, et des caractères bien en phase avec le cinéma américain de l’époque (John Saxon et Jim Kelly jouent à fond la carte de la cool attitude, entre tables de jeux et massages pas innocents de filles qui tombent à leurs pieds sur de la musique funky de Schrifrin), Opération dragon est un typique ‘’Bruce Lee’’. En témoigne l’époustouflante scène de combat finale entre Lee et Han, armé d’une main factice avec des lames tranchantes en guise de doigts. Une dernière séquence grandiose au regard des performances acrobatiques des deux acteurs, mais aussi sans exemple pour la richesse de ses inventions visuelles: enfermés dans une salle de miroirs, Lee et Han combattent autant leur adversaire respectif que leur propre reflet. Bien vu!

T.V.W.

 

19:14 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Instantanés | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : karate, funky, schifrin, bruce lee |  Facebook |

04/04/2009

Elle et lui

Before sunset

Before sunset, comédie dramatique, ados, **

Céline et Jesse se sont connus neuf ans plus tôt, dans un train en direction de Vienne. Ils ont passé une nuit à parler tant et tant qu'ils s'étaient promis de se retrouver six mois plus tard. Mais ils ne se sont plus revus. Aujourd'hui, Jesse, devenu écrivain, signe des autographes dans une librairie parisienne, quand, tout à coup, son regard est attiré par une belle jeune femme qui l'observe. C'est Céline...

Neuf ans depuis leur première et furtive rencontre...

Neuf ans, c'est la vie et des points de suspension.

La première fois, ils eurent droit à une nuit. Cette fois, ils ont un peu plus d'une heure pour tout se dire avant que l’avion du bel Américain ne décolle.

Après Before sun... rise, Richard Linklater donne un nouveau rendez-vous amoureux à deux acteurs très attachants au jeu spontané, Ethan Hawke, et Julie Delpy. Lui a minci, attrapé des rides et un regard qui lui donnent une confondante ressemblance avec Tom Cruise. Il y a pire !  Elle n'a plus le visage poupon de l'adolescente, mais garde cet éclat brut du diamant taillé dans l'éternel.

Mais comment font-ils pour rester si beaux, alors que les gens "normaux" comme vous et moi se font inéluctablement patiner le cuir par l'usure du temps ?

Cette question, qui a franchement quelque chose d'agaçant, vous ne trouvez pas ? passe rapidement au second plan. Avec une habilité roublarde, Linklater glisse insensiblement de la superficialité apparente des retrouvailles de deux jeunes gens bien foutus et de la banalité terrible de leur longue loghorrée (tout le film est une balade en tête-à-tête dans les rues de Paris) à une étude sociologique plus fine qu'il n'y paraît sur le monde des trentenaires, leur vie, leurs rêves et leurs cruelles désillusions.

En dépit de son image terne et de son aspect auteuriste un peu fauché, le film tire sa force en ce qu'il laisse libre cours à l'imaginaire vagabond de chaque spectateur, et pas seulement dans sa fin ouverte. Ainsi, selon vos petits arrangements avec la vie, Before sunset sera, au choix, plein du romantisme d'un rêve adolescent fracassé, ou un coup d'œil désabusé dans le rétro terni de nos existences.

Non, la nostalgie n'a pas changé.

T.V.W.

18:59 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Ciné-découvertes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : delpy, linklater |  Facebook |

29/03/2009

Film fatal

femme_fatale_2001_reference

Femme fatale, Brian De Palma **

Laura est belle. Laura est sexy. Laura est une voleuse. Laura a réussi le coup du siècle : dérober en plein Festival de Cannes une somptueuse parure de diamants et laisser sur le carreau ses deux complices vengeurs. Sept ans plus tard, Nicolas, paparazzi par obligation, vend un cliché de la mystérieuse épouse d'un ambassadeur américain et réveille malgré lui les sombres fantômes du passé. Commence alors un jeu du chat et de la souris entre Laura, Nicolas et d'anciens acolytes qui se rapprochent dangereusement...

A la recherche d'un second souffle, De Palma, magnifique faiseur d'images et manipulateur-né, livre avec FEMME FATALE un suspense en demi-teinte. Certes, on retrouve dans cette histoire à tiroirs un condensé des obsessions de palmiennes, limite compulsives : les femmes (fatales), Ô sublime Rebecca Romijn-Stamos, tour à tour apeurée, enjôleuse, garce comme on n'en fait plus et surtout manipulatrice. Elle sauve à elle seule la mise du réalisateur, tant ce personnage de femme est riche de complexité et de roublardise. Romijn-Stamos évince d'un simple coup de reins le souvenir évanescent de la femme sulfureuse laissée par la Sharon Stone version 92 et redonne un fameux coup de fouet à nos instincts basiques. On aime à se perdre dans ces personnages multiples que l'actrice endosse avec une délectation évidente. Il faut la voir troquer, comme si de rien n'était, son tailleur de femme d'ambassadeur classe contre son look de strip-teaseuse de bars miteux !
Autre gimmick de palmien : le voyeurisme, à travers les yeux et surtout l'objectif du paparazzi, témoin des angoisses de Laura et auteur malgré lui de sa mise en abîme. Ou encore la réalité à étages, les faux-semblants, le rêve, les références obligatoires à Hitchcock, le long plan-séquence d'ouverture... Bref, le «petit De Palma illustré» est feuilleté devant nous dans son ensemble. Et pourtant...
Pourtant, la machine grippe à de nombreux endroits. D'abord, un casting français désastreux dont personne ne sort indemne, pas même l'excellent Thierry Frémont. Qu'avait-il donc à défendre, le pauvre, l'intrigue de l'enlèvement de l'ambassadrice américaine meurt dans l'oeuf, à peine entamée; on ne saura jamais pourquoi Nicolas est relaxé par l'inspecteur, alors qu'il fait figure de suspect principal dans cette disparition...
Le reste est à l'avenant : l'histoire du double de Laura est abracadabrante et verse même dans le comique involontaire. C'est tout dire ! De nombreuses chutes de rythme émaillent un récit invraisemblable qui hésite sans cesse entre la farce parodique et le thriller pur et dur (il faut le dire vite : les complices vengeurs de Laura sont à ce point grotesques qu'à aucun instant nous ne craignons pour la vie de la belle).
Mais ce diable de De Palma, en grand maître qu’il est, arrive à nous entraîner dans son histoire à rebondissements multiples, si extravagante qu'elle paraisse. Son génie visuel parvient presque à faire la différence.
Nous parlions plus haut d'une histoire à tiroirs. Des tiroirs ouverts dans tous les sens, la plupart à peine fouillés, nous laissant l'impression d'un joyeux bordel, dont l'ordre s'organisera vaille que vaille une fois le film terminé. L'ensemble tient, nous en convenons, mais coince par un cruel manque de subtilité.
Attention, roublard comme son héroïne, De Palma vous fera croire que vous aurez vu un bon film...

T.V.W.

17:39 Écrit par Thierry Van Wayenbergh dans Promesses non tenues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : noir, de palma |  Facebook |